Dimanche 30 avril 2006

Pas évident de tourner un véritable navet. ça demande de l'adresse, mais aussi un certain savoir-faire, une patte, une griffe quoi... Si vous ne savez pas trop comment faire un vrai navet, vous risquez, bêtement, de mettre en boite un mauvais film, et puis c'est tout.
"Terminal" de Spielberg en est l'exemple type. Le produit est propre, les acteurs font leur boulot, les décors sont jolis, simplement, le film est mille fois déjà vu, et distille un ennui molasse durant deux heures, avec une musique lacrymogène aux moments-clefs.
Heureusement est sorti cette semaine, sur les écran français, "Silent Hill" de Christophe Gans (on lui devait déjà "le pacte des loups", que je n'ai pas vu... ai-je bien fait ?). Loué soit le p'tit gars. Brûlons-lui quelques cierges, il le mérite bien. Il faut vraiment le féliciter d'avoir réussi un authentique et pur navet.
L'histoire (relativement inintéressante, il faut l'avouer) nous narre la lutte dantesque d'une femme qui va emmener sa fille à Silent Hill, afin de comprendre pourquoi celle-ci a régulièrement des crises de somnambulisme, qui s'achèvent par ces quelques mots qu'elle prononce à haute voix "Silent Hill". Mais là, horreur, l'attendent des créatures boitillantes et décérébrées et des allumés religieux genre "Jésus revient parmi les siens" guère plus cérébrés, d'ailleurs (n'étant pas un adepte du jeu vidéo, je ne sais pas si cette histoire est inspirée du jeu éponyme... j'espère que non... Je crains que le réalisateur n'en ai gardé que la vague ambiance et deux ou trois bestioles). Il faut voir les premières minutes du film, parce que déjà, tout est dit, et tout est là.
Il fait nuit, une femme (l'héroïne) sort en courant de chez elle en hurlant le prénom de sa fille ("Shaaaarooonnn"... Ah ça, on va l'entendre au moins vingt fois, pour bien qu'on comprenne). Derrière elle, son mari (vraiment très, très, très derrière elle, puisque, bien vite, ce con disparaît, avant de surgir à la fin de la séquence... Il était temps ! Pour un peu, on terminait sans lui ! D'ailleurs, ce début est à l'image de son rôle puisque ce personnage est totalement inutile tout au long du film. Heureusement, on ne le voit pas trop souvent. Juste assez en fait pour que l'acteur, pas très bon, justifie son salaire). Elle franchit un tas d'endroits vaguement glauques (dont un tunnel plein de tags de jeunes... Brr, je frissonne !), avant d'arriver au bord d'une cascade de (au moins) cinq cents mètres de hauteur (quelle idée d'habiter dans un coin pareil aussi !). Et là, voici que Sharon, sa fille, est au bord du précipice, somnambule, et s'apprête à se jeter dans le vide... Mais, in extremis, la mère la rattrape (oh mon dieu, j'ai eu si peur...), et la gamine hurle "Silent Hill" ! Et là, on a beau se forcer, on n'y croit déjà plus. Est-ce dû au doublage français ? Au jeu minable de la jeune fille (qu'on a déjà aperçu, il me semble, dans la nullissime adaptation de Stephen King "The Kingdom", et qui n'a que deux expressions en tout et pour tout pour exprimer une gamme complète de sentiments) ? A la mère qui se sent finalement peu concernée par tout ça ? A la musique franchement laide ? Ou à un mélange de tout ça ?
Ensuite... on s'occupe comme on peut, parce que c'est un peu long tout de même, alors on s'amuse à dénombrer les personnages idiots (ça va de l'agent de police féminin, qui a l'air de s'être échappée d'une boite de nuit lesbienne qui faisait une soirée spéciale Village People, à la fanatique de Dieu, coiffée comme une aisselle pas rasée, en passant par la folle aux cheveux graisseux devant le visage et aux haillons), les invraissemblances (il neige de la cendre à Silent Hill... Pourtant le 4x4 gris bien clair de notre héroïne est impeccable du début à la fin du film... L'agent de police féminin se fait lyncher par des mineurs dégénérés à grands coups de barres de fer, ce qui ne l'empêche pas, trois scènes plus tard, d'être attachée à une grande échelle, qui sera mise au dessus d'un buchet, et de ne pas avoir l'air de souffrir de moult contusions... Elle a juste quelques coupures au visages, mais c'est bien tout), les scènes ridicules (je passe sur les créatures soi-disant flippantes, qui sont à hurler de rire, pour ne citer que la scène finale, avec les fanatiques tout grimaçants qui veulent mettre au buchet les hérétiques...) et les dialogues crétinoïdes qui se veulent profonds (A la fin par exemple, la mère dit à une autre femme un truc du genre "Dans les yeux d'une fille, la mère est un Dieu". Que c'est grand, puissant et beau... Et pas préchi précha pour un sou...).
Un authentique nanar, je vous dis ! D'autant que le réalisateur a l'air de prendre ça très au sérieux... Alors, bon, il nous reste quelques jolis décors, des ambiance plutôt pas mal (encore que, bon, une fois qu'on a vu le brouillard ultra dominant, on s'en lasse assez vite... Parce que, à Silent Hill, on a quatre climats : brouillard, neige avec cendre, nuit totale et soleil, mais rare, le soleil... Ailleurs, en revanche, c'est-à-dire, dans les autres lieux du films, bin, il pleut... Bon, ça sent d'ailleurs la bonne pluie de studio, type tuyau d'arrosage géant juste derrière la caméra, mais bon...).
Une dernière chose... L'affiche n'est pas sans rappeler un sketch du film collectif "The twilight zone" (1983, de John Landis, Joe Dante, George Miller et Steven Spielberg) où un jeune garçon, qui pouvait faire tout ce qu'il voulait, gommait la bouche de sa soeur qui parlait trop... Coïncidence ?
En tout cas, une chose est certaine : depuis que j'ai vu "Silent Hill", je considère "Resident Evil" de Paul Anderson comme un authentique chef-d'oeuvre...
Allez, les amis, je repars. Je suis entre deux avions. J'ai déjà mes futurs posts dans ma tête. Je pars bosser une semaine en Irlande. Je lève une pinte de Smithwick's (prononcez "smidiksse"... C'est une excellente bière ambrée) à votre santé. Rendez-vous le week-end prochain.
Publié par Estebàn
à 2006-04-30 10:05:08
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