Mercredi 29 mars 2006
Malgré des efforts toujours constants pour masquer son idéologie dominante, la télévision n'a jamais été qu'un haut lieu de conservatisme, visant avant tout à flatter le plus grand nombre et à courir après des parts de marché.
Comme un bon monarque tout-puissant, elle a toléré, en son sein, quelques bouffons progressistes, histoire de faire croire qu'elle admettait la critique. Mais pour quelques programmes originaux et révolutionnaires, on doit se fader une majorité de programmes insipides et ineptes. Et puis, si on regarde de près, le système télévisuel s'est toujours débrouillé pour, à un moment donné, virer ses bouffons les plus récalcitrants, tout en formatant petit à petit ceux qui restaient.
En l'an 2000 est arrivé en France le premier programme de télé-réalité (ce qui sous-entend qu'avant, elle était donc irréelle, mais bon, passons...). Il s'agissait de Loft-Story, l'adaptation de Big Brother. Tous les médias sans exception se sont enflammés : ça y était ! c'était l'Apocalypse ! Le Diable nous tombait sur le coin de la figure ! l'horreur !
Comme la télé aime bien décliner à l'infini les formules qui marchent, elle a commencé à photocopier ce concept. Et voilà qu'ont débarqué tout un tas de programmes, tous imités de nos amis étatsuniens ou britanniques.
Petit à petit, les médias papier et radio se sont mis à moins taper sur les trucs. Oui, certes, c'était de la sous-télévision, mais bon... C'était tout de même rigolo. Les gens se sont décomplexés, et ont commencé à assumer ce petit plaisir pervers...
Six ans se sont écoulés. Aujourd'hui, le machin est installé durablement. Et plus personne ne s'en offusque. Peut-être parce qu'on a pris ça comme une fatalité... N'empêche...
Pour faire admettre une idéologie à une masse, rien de tel que de lui servir cette idéologie sous toutes les formes possibles. Le libéralisme sauvage est une idéologie dominante, qui veut se faire passer pour l'unique solution, et qui tente à tout crin de faire taire toute autre possibilité de gérer le monde. Aujourd'hui, beaucoup de gens croient que le libéralisme est une fatalité.
L'idéologie libéraliste utilise les mêmes ressorts que la publicité : pour se vendre, il faut bien emballer le produit. Quand on regarde une quelconque émission de télé-réalité, que peut-on y apprendre ?
- L'individu est une marchandise interchangeable : chaque nouvelle saison d'une émission fait immédiatement oublier pratiquement tous les anciens candidats.
- L'individu est un être qui a besoin d'être humilié : un candidat est quelqu'un de volontaire. On peut donc le maltraiter à souhait et en direct !
- L'individu peut être sous-payé : la plupart des candidats ne sont pas payés, car passer à la télévision est un immense privilège en soi. Et lorsqu'ils sont payés, c'est toujours bien négligeable en regard des recettes publicitaires que l'émission va engranger.
- L'individu n'a pas le droit d'avoir une vie privée : on peut donc tout dévoiler de quelqu'un, et utiliser son image comme on veut, peu importe les conséquences.
- L'individu se doit d'avoir un statut précaire : au mieux, il "survivra" tout le temps de l'émission; au pire, il sera éliminé rapidement.
- L'individu doit être heureux d'avoir été sélectionné : des milliers de gens aimeraient être à sa place. Des centaines ont été écartés. Qu'il ne vienne pas se plaindre...
Finalement, on comprend vite que la vie est une lutte. C'est chacun pour soi. Nous sommes entourés de requins qui ne pensent qu'à nous dévorer. C'est tuer ou être tué...
Récemment, Steevy, un des rescapés de Loft-Story, a pris sa carte à l'UMP, le parti conservateur du Petit NicolaS.S., notre bon Ministre de l'Intérieur. Il a bien compris la leçon, et va rejoindre ses pairs.
"L'écran nous sert tout, mais l'écrou nous serre tant". C'est pas moi qui l'ait dit, c'est Rodolphe Burger, le chanteur de Kat Onoma.
Publié par Estebàn
à 2006-03-29 15:28:21
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