Mes humeurs à moi



Publi le mercredi 15 mars 2006


Mercredi 15 mars 2006

De l'art de parler au jeune (la suite)

En France, les étudiants et les lycéens se mobilisent de plus en plus pour lutter contre le gouvernement et son Contrat Première Embauche. Comme je suis un homme bon, et que je suis pour une parité juste et égale, je vais m'adresser aux princes qui nous gouvernent afin de leur prodiguer quelques conseils.

Chers amis conservateurs, tout d'abord, il faut bien que vous compreniez que l'étudiant (et le lycéen) contrairement au salarié classique, n'a pas de crédit consommation, ni de familles à entretenir. A partir de là, ce n'est pas en laissant pourrir la situation que vous y arriverez. Car le jeune n'a rien à perdre. Un cours, ça se rattrape toujours (contrairement à un salaire...). Avant tout, je vous conseille de lire une chronique que j'avais écrite en avril dernier, afin de vous familiariser avec le Jeune.

C'est fait ? Parfait. Voici donc mes conseils du jour :

- Laissez traîner les choses. Faites mijoter. Ainsi le jeune, qui a besoin d'être dressé, prendra conscience qu'on ne peut pas tout avoir tout de suite (règle pédagogique de base). Mais, n'attendez pas trop longtemps (sinon, ça déborde tout partout. En ce moment, c'est limite, là).

- Mobilisez les patrons de chaînes TV et de journaux. Montrez, en gros plan, des jeunes qui souffrent parce qu'ils ne peuvent pas aller en cours. N'hésitez pas à montrer Cécile ou Mustapha (c'est porteur ça, le jeune beur qui veut étudier... Je ne saurai que vous le conseiller !), qui se sont levés à 4 heures du matin, qui ont pris deux trains de banlieue puants et un bus affreux, pour arriver devant une faculté dont les portes sont closes. Faites-leur dire combien ils sont "pris en otage", et combien "les grévistes sont violents". Ajoutez une pincée de casseurs qui ont saccagé deux ou trois choses (une voiture d'un type qui n'a rien fait et qui brûle par exemple). Masquez la violence que vous exercez et focalisez sur les débordements (qui ne sont que la conséquences de ce que vous faites. Mais ça, le Jeune sera trop stupide pour s'en rendre compte). ça a le double avantage de mettre le bon peuple de votre côté, et de miner le moral du Jeune.

- Le Jeune est un crétin notoire (retenez bien ça, et prenez quelques notes, que diable !), qui possède à peine quelques mots de vocabulaire, et dont la culture se réduit aux émissions de télé-réalité. Ne le lui dites pas, vous le vexeriez (c'est que ça se drape vite dans sa dignité ce bestiau-là !). Soyez bien poli avec le jeune, afin de montrer combien, souvent, il ne l'est pas avec vous.

- Faites comme si vous vouliez dialoguer. Invitez des délégations de Jeunes, offrez des petits fours, et agitez du vent. Les délégations de Jeunes partiront furieuses en claquant la porte. Et déclarez alors que les délégations refusent tout dialogue.

- N'hésitez pas à déclarer que les Jeunes sont manipulés. Inventez d'obscures entités que personne ne contrôle ni ne cerne vraiment (quelques exemples de "manipulateurs" : la gauche, les communistes, les trotskistes, les écologistes, les lépreux...)

- Enfin, au bout d'un bon mois et demi, retirez un vague paragraphe de votre projet contre lequel le Jeune se bat. Ainsi, le Jeune aura l'impression d'avoir gagné (alors qu'en fait, il ne sera que revenu à la situation de départ... Légèrement changée tout de même par un reste de votre projet... Car je rappelle que vous n'aurez pas retiré TOUT votre projet).

- N'oubliez jamais, amis conservateurs, que le Jeune est bête et rancunier. Si vous le malmenez trop, il ne votera jamais pour vous. Il faut donc le ménager. Le Jeune s'emporte vite, vous savez. Le Jeune s'enflamme en un rien de temps...

Voilà, amis conservateurs. Je vous laisse. Bon courage avec ce joli conflit, mais je vous fais confiance. Vous avez toute mon amitié.

Sincèrement votre,

Estebàn (un ancien jeune, mis au pas)



1 Commentaire :

Commentaire crit le mercredi 15 mars 2006 à 15:37:22 (lien)
lisa
C'est un délice de te lire...


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