Mes humeurs à moi



Publié le samedi 25 février 2006


Samedi 25 février 2006

De l'art de ne pas s'égarer

Ilan Halimi. Un nom qui résonne dans l'actualité française. Synonyme d'horreur, ce simple patronyme est devenu, en quelques jours, le titre numéro un de toute la presse.

Et pourtant... Qu'avait-il de plus, cet épouvantable fait divers, par rapport aux autres crapuleux faits divers qui émaillent la vie française ou internationale chaque année ?

Et bien, très vite, le mot "antisémitisme" a été prononcé. A partir de là, la machine médiatico-politique s'est mise en marche. Pas de distance, pas de recul, on en était sûr, les tueurs d'Ilan s'en sont pris à lui parce qu'il était juif ! Tout devient clair. Et notre président lui-même de s'afficher, avec la voix pleine de tremblement.

Tout ce défilé, tout cet embalement à quelque chose de profondément dérangeant pour moi. Pour plusieurs raisons :

- Un crime reste un crime. Un meurtre reste un meurtre. Quelles que soient les motivations des criminels, ce qu'ils ont fait reste monstrueux. Qu'ils aient torturé et tué Ilan pour des raisons identitaires, religieuses ou simplement crapuleuses ne change rien. Ilan est mort dans des conditions épouvantables.

- Un Etat, et ses représentants (Président, Premier Ministre...),  doit se garder d'entrer dans le jeu de l'émotion, et devrait plutôt toujours s'attacher à la Raison. L'Etat aurait pu, discrètement, témoigner à la famille sa solidarité. Quel est l'intérêt de s'afficher sous les caméras ? On est dans le grand bain de l'émotionnel, du sentationnel. L'émotion, c'est ce qui fait qu'on va créer des lois absurdes, parce qu'on n'y a pas réfléchi, justement. L'émotion, c'est le terreau préféré des mouvements d'extrême-droite et de Droite extrême qui, comme par hasard, demandent le rétablissement de la peine de mort.

- L'embalement médiatique est à la mesure du temps qu'il faudra aux médias pour passer à autre chose. Dès lundi, l'affaire Ilan sera reléguée à la fin des journaux, alors que les JO (et leur moisson de médailles) squateront à nouveau le devant de la scène.

- Le déchainement de la presse et des médias prend, une fois encore, le pas sur l'enquête policiaire. Pour mener une enquête, il faut du temps. On ne peut pas tout savoir tout de suite. La triste affaire d'Outreau aurait pu nous faire réfléchir à tout cela. On a bien vu les conséquences désastreuses de l'embalement médiatique... Et pourtant, j'ai l'impression de voir un remake. Soyons clairs : au jour d'aujourd'hui, le caractère antisémite du meurtre est loin d'être confirmé...

- Les princes qui nous gouvernent s'émeuvent de la montée du racisme, de l'antisémisme, du communautarisme. Ils ont raison. On doit condamner tout cela. Mais, il ne faut jamais perdre de vue que la pauvreté et l'exclusion vont souvent de pair avec ces attitudes. La société de consommation est une formidable machine à ghettoïser et à séparer les individus. Peut-être faudrait-il mener une réflexion là-dessus... 

- Pour combattre le racisme, le sexisme, l'antisémitisme, l'exclusion et la bêtise en général, on ne peut avoir recours qu'à l'éducation, à la prise de distance, à la Raison et à la Remise en question. L'embalement médiatique est tout le contraire de cela.

Alors, j'imagine la douleur de la famille d'Ilan. Ce doit être épouvantable pour eux. Raison de plus pour les laisser en paix dans leur souffrance. Mon agitation ne servira à rien. On a besoin de silence. Non pas pour oublier, mais, plutôt, pour laisser une famille faire son deuil et la Justice faire son travail.



4 Commentaires :

Commentaire écrit le mardi 28 février 2006 à 12:37:50 (lien)
estebàn
Vos commentaires me font plaisir. J'étais mal à l'aise avec le sujet, et ce post m'a demandé plusieurs jours pour y réfléchir.


Commentaire écrit le mardi 28 février 2006 à 06:05:48 (lien)
Onassis
Je voulais écrire là-dessus depuis quelques jours. Tu as tout dit. Je n'ai plus rien à dire.
Merci.


Commentaire écrit le mardi 28 février 2006 à 03:36:05 (lien)
Isabelle - http://isabellemenetrier.monblogue.com
tu as raison sur tous les points, mais je pense réellement que nos dirigeants ont la trouille d'une montée d'intolérance qui prend de + en + d'ampleur. Et les médias qui prennent régulièrement le relais... Et quand on a peur, on ne maîtrise plus rien... D'où un bazar médiatique dérangeant, surtout pour la famille d'Ilan, c'est certain.


Commentaire écrit le lundi 27 février 2006 à 15:28:30 (lien)
a hed an envor
Ton analyse est le reflet d'une clairvoyance certaine.
Ce jeune est mort dans des circonstances effectivement abominables et je ne pense pas non plus que le caractère antisémite de l'assassinat (et non du meutre) soit avéré. Toute autre victime, aurait procuré un motif suffisant à ses bourreaux pour agir de la même manière à son encontre.
Je considère que le viol d'une gamine enterrée ensuite vivante sous un tas de pierres est aussi abominable que cette affaire. Et pourtant là, les hommes politiques de tous bords ne s'en sont pas émus. Il faut dire qu'il est des cas bien déterminés où s'exhiber en public en simulant quelque émotion peut être bénéfique pour de futures élections. Je pensais pourtant que l'action de M. SARKOZY avait permis d'éradiquer de la Capitale le racolage actif et passif !
Je suis toujours atterré de constater la compétence de nos homme politique, ici le sieur DE VILLEPIN. Dès l'interpellation en Afrique de l'auteur principal (et présumé) de ces faits, une déclaration de notre premier ministre est faite au sujet de l'extradition qui n'est plus qu'une question d'heures....Quand je pense que ce personnage, a été secrétaire et ministre des affaires étrangères, donc chargé des relations internationales !
Heureusement que de petits fonctionnaires, juges et policiers, ne sont pas tombé dans le piège hiérarchique de cet homme qui fait voter des loi qu'il ne connaît pas (!), au risque de provoquer la remise en liberté du principal mis en cause pour faute de procédure.
A chacun sa place et à chacun son boulot !
Quant à la presse, les prostituées ne font pas mieux pour se vendre à leur clientèle.
Une dernière chose pour montrer l'hypocrisie du système. Le mis en cause principal (et présumé, il faut le dire !) ne fera pas plus de 20 ans de prison, quel que sera le verdict du Jury populaire, puisque la justice en France est telle qu'à la finale, le verdict du Jury n'est pas respecté.


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