Mes humeurs à moi



Publié le mercredi 15 février 2006


Mercredi 15 février 2006

De l'art de ne pas emmerder les individus

Imaginons un instant qu'un matin, tandis que votre réveil tinte joyeusement, vous soyiez perclu de courbatures, vous vous sentiez tout faible et grelottant, bref, imaginons que vous ayez une bonne maladie qui va vous obliger à vous rouler en boule sous votre couette.

Comme vous êtes quelqu'un de consciencieux, vous réussissez à ramper jusqu'à votre téléphone pour avertir votre travail. Puis, quand c'est fait, vous appelez un médecin de garde.

Vous ne le savez pas encore, mais nous allons faire une incursion dans la Quatrième Dimension...

Vous vous êtes à peine recouché que le médecin sonne à la porte. Fébrile, vous le faites entrer. Il vous osculte, puis déclare d'un ton péremptoire, que vous êtes effectivement malade. Ensuite, sans préavis, et sans rien vous donner, il repart. Un peu surpris, et de plus en plus fébrile, vous appelez un autre médecin, qui vient, vous osculte, vous dit que vous êtes malade, et vous donne un médicament pour les aigreurs d'estomac, avant de s'en aller. De plus en plus surpris, vous contactez un troisième médecin qui, par téléphone, confirme le fait que vous êtes malade mais vous dit que vous y êtes certainement pour quelque chose (nous sommes en hiver et vous vous êtes mal couvert la veille... Ou encore, peut-être aviez-vous un dossier épineux à traiter au bureau, et vous aviez la flemme...).

Toute votre journée continue sur le même rythme. De plus, des amis et des collègues vous appellent, non pas tant pour prendre de vos nouvelles (ou alors de manière un peu condescendante) que pour vous montrer à quel point ils sont en bonne santé, ou pour vous faire comprendre que votre état dépend de vous, et que vous pourriez vous bouger un peu tout de même, faire des efforts...

Désespéré, vous allumez votre télévision, et là, vous vous apercevez que tous les programmes insistent plus ou moins sur la bonne mine des gens, et vous apprenez qu'on fête joyeusement l'excellente santé de la société.

Voilà... C'était un petit saut dans la Quatrième Dimension... ça vous a plu ? Et vous êtes-vous dit combien ce scénario paraissait absurde ? Aimeriez-vous le vivre au quotidien ?

Facile, les amis... Soyez simplement célibataire dans notre société. Et tout le scénario fiction ci-dessus s'accomplira tranquillement.

Parce que le célibat, pour une société, n'est pas un état "normal" mais plutôt une maladie qu'il faut soigner et éradiquer. En route pour les bons conseils des uns et des autres, en avant pour les solutions "miracles". Et vive la St Valentin, et vive la Ste Catherine !

Il faut être en couple, pas question d'y couper. Il y a un temps pour tout. Vous vous êtes assez amusé(e) ! Si vous êtes célibataire, c'est de votre faute ! Vous êtes un ours mal léché(e), une brute épaisse qui refuse de faire le moindre effort !

Mais rassurez-vous, la société va s'occuper de vous. Elle va vous faire culpabiliser à mort de votre incivisme au travers des médias qui encenseront le couple (ce qui peut faire de vous un bon consommateur d'anti-dépresseurs, soit dit en passant... Il n'y a pas de petits profits !). Et puis, n'oublions pas vos amis qui, avec un peu de chance, fomenteront de délicieux plans pour vous faire rencontrer l'âme soeur dans d'inoubliables dîners... Sans compter que vous leur fournirez un superbe sujet de conversation ("Tu te rends compte... trois ans qu'il est seul..." "Trois ans ! Moi je ne pourrais pas...").

Foutons la paix aux individus. Laissons-les faire leur propre chemin. Certains mettront plus de temps que d'autre pour se mettre en couple... Et alors ? Certains auront dix mille histoires sans jamais se poser ? Et alors ? Certains choisiront d'être célibataire, ou de ne pas avoir d'enfants alors qu'ils sont en couple ? Et alors ?

Arrêtons de nous illusionner et de vouloir nous rassurer en croyant à tout prix que notre chemin affectif est le bon ! Foutons la paix aux autres. Il n'y a pas d'âge pour faire l'amour ! Il n'y a pas d'âge limite pour sa première fois ! Il n'y a aucune honte à ne pas être avec quelqu'un, même si tous les copains autour le sont.

Laissons de coté nos conseils à la noix. Prêtons notre oreille si un(e) ami(e) en a besoin. Ecouter, ce n'est pas résoudre le problème de l'autre. Laissons-le faire, faisons-lui confiance. Ecouter, c'est partager un moment avec l'autre.

Et c'est exactement l'inverse que nous apprend la société de consommation... 



1 Commentaire :

Commentaire écrit le vendredi 17 février 2006 à 00:04:26 (lien)
Tangerine
Totalement en accord! Foutons-nous la paix mutuellement et tout ira mieux!


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