Mes humeurs à moi



Publié le lundi 13 février 2006


Lundi 13 février 2006

Premier jour d'écriture

ça y est. La date butoir. Cet après-midi, direction la médiathèque, un gros cahier sous le bras. Commencement d'écriture. Je reprendrai ce que j'ai écrit, et puis je l'étofferai.

Pour marquer cela, voici une histoire, écrite et réécrite pas mal de fois. J'ai  toujours eu peu de retour de cette histoire, et les retours n'ont jamais été très enthousiastes. Pourtant, moi, je l'aime bien cette histoire. Elle date de mon adolescence. Elle possède assez peu de détails autobiographiques, hormis le gin, un des premiers alcools forts que j'ai goûté (et que je trouve aujourd'hui vraiment infâme), et, bien entendu, la souffrance que peut procurer l'absence (qu'on a tous connu à divers degrés). Le titre, quant à lui, est une référence à la chanson de France Gall ("poupée de cire, poupée de son"). Je ne suis pas un fan (je serais même incapable de fredonner autre chose que le refrain, d'ailleurs), mais j'aimais bien le jeu de mots.

La première version doit dater de 91-92.  

Poupée de gin

Philippe entre dans son appartement. Le même désordre depuis une semaine. Il jette sa veste sur le canapé, parcourt des yeux la pièce sans vie. Les murs sont chargés du parfum d’Anne. Sur la commode, un mot. Il l’a lu. Des dizaines de fois.

Chaleur de juin.

Philippe n’a toujours pas trouvé de travail. Trois mois qu’il cherche. Trois mois d’impasses administratives.

La température dans la pièce lui paraît insupportable. Il transpire abondamment, a envie d’une douche. Ses vêtements, trempés, lui collent à la peau. Il desserre sa cravate, ôte sa chemise, ses chaussettes, son pantalon. Puis il se dirige vers la salle de bain. Son corps tout entier réclame une douche. Il se débarrasse de son caleçon et tourne les robinets. L’eau jaillit d’un seul coup. Elle est fraîche.

Il reste là, sans bouger, des minutes entières et se souvient. Bizarrement, il a du mal à se rappeler les contours du visage d’Anne. Il se rend compte que ses souvenirs s’effacent. Poignées de sable soulevées par le mistral. Tout se disperse. Anne était sa mémoire ; aujourd’hui, il devient amnésique.

Les larmes de Philippe se confondent avec l’eau. Une semaine qu’elle est partie et déjà plus rien n’existe.

Il regagne le salon. La lumière filtre au travers des volets mi-clos. Philippe s’approche de la fenêtre et devine les nuages au-dessus de la ville.

Envie d’une cigarette. La main droite accomplit son geste parfaitement rodé. La première bouffée l’apaise. Puis l’angoisse revient plus forte encore. Ses pupilles sont habituées à la pénombre ambiante. Inutile d’allumer une lumière pour le moment.

Un éclair. Puis la nuit.

A portée de main, il découvre une bouteille de gin. Il ne se rappelle pas l’avoir posée là. Peu importe. Il va chercher un verre, enlève le bouchon de la bouteille et se sert une dose qu’il avale d’une traite. Il grimace un peu puis se sert un autre verre. Le tonnerre gronde. L’orage approche.


Une soudaine baisse de la température le fait frissonner. Il est encore nu. Il se lève, enfile un jean et un pull. La bouteille de gin est vide. Une pluie drue résonne contre les volets. Philippe se sent mieux. Le gin fait son effet. Il est anesthésié. Anne se réduit à une chimère. Il sourit à cette pensée.

La sonnerie. La sonnerie du téléphone s’élève en écho. Il compte, mais ne répond pas. Ce n’est pas Anne de toute façon. Alors quelle importance ? Sept… Huit… Neuf… Dix… Onze… Elle se tait. L’appartement est calme. Puis, le tonnerre secoue l’immeuble tout entier. Les meubles tremblent.

Philippe sent la fatigue le gagner. Il titube jusqu’à la chambre où l’attend un lit défait. Elle avait dormi dedans. Il n’a pas changé les draps depuis. Il se couche. Le sommier gémit sous son poids. Et c’est de nouveau le silence. Ses oreilles bourdonnent. Peu à peu, il sombre dans le sommeil. Profond. La chambre s’illumine. Dehors, la tempête fait rage.


Un frôlement l’éveille. Il ouvre les yeux avec difficulté. Sa bouche lui semble poreuse. Ses papilles sont gonflées d’alcool. Il se dresse à demi et scrute le silence. Le frôlement s’intensifie. Il ressent une présence. Les ténèbres sont habités. Petit à petit, ses pupilles s’habituent à la pénombre et les contours de la chambre deviennent plus nets. Il a envie d’une cigarette. Il en prend une sur la table de nuit. La flamme du briquet l’éblouit. Il doit de nouveau s’habituer au noir. La présence ne se manifeste plus pour le moment. Peut-être la lumière l’a-t-elle éloignée ? Il ne le croit pas. Elle attend simplement. Ils ont tout leur temps. Et certainement celui d’une cigarette.

Le tabac le revigore. Il se sent dégrisé.

Lorsque la cigarette est terminée, il l’écrase dans le cendrier puis chuchote quelques mots.

Elle apparaît dans l’encoignure de la porte. Il la reconnaît aussitôt. C’est elle. Elle est revenue. Elle ne bouge pas encore. Ils s’observent sans prononcer un seul mot. Son parfum envahit la chambre. Il sait que c’est son odeur. Sa mémoire est réactivée. Philippe retrouve ses réflexes, esquisse un geste. Elle consent seulement alors à se déplacer. Lentement. Il constate qu’elle est entièrement nue. Lui a gardé son jean et son pull. Il s’est endormi comme ça tout à l’heure. Il se sent honteux. Honteux d’avoir bu, de s’être endormi ainsi, de s’être négligé… Il aurait tant voulu qu’elle ne voit pas ça. Qu’il ne lui envoie pas en plein visage sa déchéance, ses négligences. Mais, pouvait-il prévoir cet instant ? Pouvait-il savoir qu’elle serait là ? Elle s’arrête. Elle a compris sa gêne, elle a senti son angoisse. Elle le regarde. Il s’apaise. Comme d’habitude, elle parvient à le rassurer. Il avait oublié ce détail.

Elle s’approche à nouveau et s’assoit sur le lit. Philippe tend la main vers elle. Puis il l’enlace de peur qu’elle ne s’échappe à nouveau. Mais non, ça n’est pas son intention. Elle est là pour lui et lui pour elle. Ils vont faire l’amour. Et il est heureux. Comme jamais il ne l’a été auparavant.

A son réveil, Philippe cherche Anne, mais elle n’est pas à ses cotés. L’agitation de la ville se manifeste. Il passe de pièce en pièce mais ne retrouve aucune trace de son passage. Les cadenas de la porte d’entrée sont en place. Les clefs sont nichées dans la serrure, à l’intérieur.

Philippe s’habille sans hâte et se prépare un café. Puis, il prend un peu d’argent qu’il enfourne dans ses poches. Il est huit heures et demie.

Il revient à l’appartement aux alentours de dix heures. Il a marché afin de se dégourdir les jambes. Il a aussi fait des courses. Il pose deux bouteilles de gin sur la table.



7 Commentaires :

Commentaire écrit le mardi 14 février 2006 à 11:44:24 (lien)
estebàn
A chacun de l'écrire...


Commentaire écrit le mardi 14 février 2006 à 11:43:29 (lien)
estebàn
A ch


Commentaire écrit le mardi 14 février 2006 à 10:12:38 (lien)
Isabelle - http://isabellemenetrier.monblogue.com
La suite ! ;-)


Commentaire écrit le mardi 14 février 2006 à 06:49:02 (lien)
estebàn
Merci à toi, Lisa. Je suis content qu'à travers mes mots, se soit réfugiée une dose d'universel...


Commentaire écrit le mardi 14 février 2006 à 05:34:52 (lien)
lisa
Voici plusieurs fois que je m'arrête sur tes écrits... dû sans doute à cette sensibilité et fragilité que je ressens à travers tes mots.
Merci pour ces quelques instants.


Commentaire écrit le lundi 13 février 2006 à 06:31:24 (lien)
estebàn
Merci Hélène, ça fait chaud au coeur !


Commentaire écrit le lundi 13 février 2006 à 04:28:06 (lien)
Hélène
Je crois que tu as raison de la défendre cette histoire. Moi je l'aime bien.


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