Lundi 23 janvier 2006

ça faisait un sacré moment qu'un film ne m'avait pas habité. Un p...... de sacré moment. J'avais même, pour tout dire, renoncé à cette idée. Je pensais que cette impression datait de mon adolescence, où j'étais capable de me jeter à corps perdu dans un film, parce que les personnages vivaient ce que je ne vivais pas (une histoire d'amour, une vie trépidente, et je ne sais quoi encore).
Ainsi, je me souviens de "Blade runner" de Ridley Scott, "Le grand bleu" de Besson, "37°2 le matin" de Beineix, "Le cercle des poètes disparus" de Peter Weir, "Les amis de Peter" de Keneth Branagh, "Breakfast club" de John Hugues ou encore "Pump up the volume" de Allan Moyle... Tous ces films, et quelques autres, ne sont pas forcément des chefs-d'oeuvres (Besson, si tu nous entends...). N'empêche qu'il ont tous en commun de m'avoir donné un amour immodéré pour le cinéma. Et puis, ces films, je les ai vu au moins dix fois chacun. Certains ont vieilli (Besson, si tu nous entends), d'autres pas... Mais je m'en fiche. Ils m'ont passionné à un moment de ma vie, et j'ai vécu à travers eux. Boulimie cinématographique.
C'est le cas, aujourd'hui, pour "Le secret de Brokeback mountain". Je l'ai vu mercredi dernier. Depuis, j'y pense. J'ai, entretemps, lu la nouvelle de Annie Proulx et je me suis aussi téléchargé deux ou trois morceaux (dont le thème, "Wings", qui est magnifique).
Je repense à cette histoire, simple, d'amour entre deux hommes, pendant vingt ans. Deux hommes, Ennis et Jack, qui ne peuvent pas vivre leur histoire... Parce que... Parce que Ennis va se marier bientôt, parce que chacun est dans sa vie, coincé, et puis... parce que nous sommes dans les années 60, au coeur des Etats-Unis, dans le Wyoming, et qu'on y risque sa vie, si on est gay.
Je repense aux superbes personnages secondaires, aux deux femmes, qui savent que leur mari les trompent, mais qui ne peuvent rien faire, parce qu'elles se trouvent elles-mêmes dans un carcan, où la loi du silence est reine.
Je repense à cette société pleine de poids : le poids du silence, du mensonge, de la souffrance, des blessures, du non-dit.
Je repense à cette société où, finalement, personne n'a vraiment sa place et où on s'ennuie profondément. Parce que personne ne s'épanouit : tous les personnages sont pleins de frustrations (mêmes les enfants souffrent).
Je repense aussi à ces paysages magnifiques (qui sont, entre parenthèses, des paysages canadiens) qui donnent envie de partir, de camper et de s'isoler (voilà ce que je cherchais dans mon dernier post...). Brokeback Mountain. Le lieu où une passion nait. C'est le symbole même du jardin secret, où, en vingt ans, aucun des deux protagonistes n'osera retourner.
Et puis, je repense à la fin. Triste. Mais cela pouvait-il en être autrement ?
Ang Lee signe là un très beau film, plein de pudeur, de retenue. La photographie est magnifique, la bande-son est belle comme tout.
Faut-il préciser qu'il faut le voir en V.O. , ne serait-ce que pour l'accent fabuleux d'Ennis ?
Je retourne le voir demain, tiens...

Publié par Estebàn
à 2006-01-23 11:35:08
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