Mes humeurs à moi



Publié le vendredi 13 janvier 2006


Vendredi 13 janvier 2006

De l'art d'écrire une grande chanson

Ecrire un tube n'est pas chose aisée. On a souvent tendance à se moquer des chanteurs tartes, sans penser que, derrière, il y a souvent des auteurs-compositeurs qui travaillent comme des gorets, dans l'ombre, afin que notre oreille puisse avoir sa bouillie quotidienne.

Aujourd'hui, nous allons remonter le temps et nous intéresser à l'année 1986. Une toute nouvelle chanteuse était découverte : Vanessa Paradis. Son tube : Joe le Taxi.

Avant toute chose, je voudrais remercier l'encyclopédie Wikipédia qui a pu me guider.

Commençons notre fine analyse :

Après avoir claqué une porte (celle du taxi), on entend Vanessa qui articule, d'une voix sûre d'elle "Barbès !". Apparemment, la jeune sotte ne sait pas que Barbès, c'est tout de même vaste comme coin de Paris... Mais le chauffeur n'a pas l'air choqué, et, très aimablement répond "Bienvenue chez Joe !". Sympa le type... Parce que normalement, les taxis parisiens, ce n'est pas l'amabilité incarnée... Bon, mais là c'est l'introduction de la chanson, alors on va pas faire les exigeants dès maintenant...

(saxo, donc, puis :) 

Joe le taxi,
Y va pas partout,
Y marche pas au soda.

Bon, là, déjà, ça commence fort. Non seulement la jeune sotte parle mal (bonjour la syntaxe ! Mais, c'est connu, le jeune est une être décérébré qui ne peut que parler mal !), mais en plus elle vient de tomber sur l'alcoolique de service ! On peut déjà le dénoncer au Petit NicolaS.S., notre Grand et Bon Ministre de l'Intérieur...

(On enchaine :)

Son saxo jaune
Connaît toutes les rues par cœur,
Tous les p'tits bars,
Tous les coins noirs
Et la Seine,
Et ses ponts qui brillent.


On peut apprécier ici l'emploi d'une personnification du saxophone (qu'on associe donc à quelqu'un de vivant) doublé d'une métonymie (l'instrument désigne, en fait, celui qui en joue). Pas mal ! Bien sûr, certains pervers pourront aussi voir le saxophone comme le symbole d'un pénis, ce qui expliquerait les p'tit bars et les coins noirs, mais, moi, je ne mange pas de ce pain là ! Non, mais !...

Dans sa caisse,
La musique à Joe,
C'est la rumba,
Le vieux rock au mambo.

Ah ! Ici, on sent l'allusion multiraciale. Le monde est un, et tout est bon. Notez ici l'intention des auteurs qui, subtilement, font passer un message de tolérance : le rock (USA), la rumba (Afro-Cubain) et le mambo (Latino-américain) se rejoignent (et atteignent le coeur du jeune, qui, je le souligne, parle toujours aussi mal). Vous me direz que, dans un taxi parisien, on a plus souvent RTL et les Grosses têtes que ça... Vous êtes durs, là, vous répondrai-je !

Joe, le taxi,
C'est sa vie,
Le rhum au mambo,
Embouteillage.
Il est comme ça,
Joe - Joe - Joe.

On a bien la confirmation de l'alcoolisme du garçon : il se torche au rhum, tout en écoutant, à fond, de la musique... Sympa pour les piétons qui traversent ! Bon, vous remarquerez qu'il ne fait ça que dans les embouteillages, enfin, quand même...

Dans sa caisse,
La musique à Joe résonne.
C'est la rumba,
Le vieux rock au mambo bidon.
Vas-y Joe,
Vas-y Joe,
Vas-y fonce,
Dans la nuit, vers l'amazone,

On peut noter au passage plusieurs points : 1- La chanteuse commence à se lasser de la musique DE Joe (le mambo est "bidon"!) 2- Les auteurs commencent eux-même à fatiguer (à ce stade, on a déjà répété 10 fois le nom de "Joe" / 3 fois "mambo" / 2 fois "rock" et "rumba"). C'est là qu'intervient la page culturelle !

Joe le taxi,
Et Xavier Cugat,
Joe le taxi,
Et Yma Sumac,
Joe - Joe - Joe,

Mais qui sont ces gens ? (en attendant que je vous le dise, on ajoute 5 à notre nombre de "Joe"). Filons de ce pas sur Wikipedia.fr pour nous renseigner.

Yma Sumac est une chanteuse péruvienne née le 10 septembre 1927 à Ichocan dans la Région de Cajamarca (Pérou). Sa voix extraordinaire, 4 octaves et demi, en font la plus belle voix des temps modernes. Zoila Augusta Emperatriz Chavarri del Castillo, plus connue sous le nom d'Yma Sumac, descendait du dernier empereur inca Atahualpa. Découverte durant la fête de l'Inti Raymi, la célébration en l'honneur du soleil, elle commença sa carrière avec des tournées en Amérique du Sud avec la Compagnie péruvienne des arts. Elle continua avec des programmes radios et des films. En 1940 elle part vivre aux États-Unis et vit de petits contrats jusqu'en 1950, où son style exotique et insolite est remarqué par la société Capitole Records. Elle commence à faire des disques qui l'emmènent à Broadway pour une comédie musicale puis un film à Hollywood avec Charlton Heston. Son mari et mentor, Moisés Vivanco, décida de partir des États-Unis et de faire une tournée mondiale après des problèmes avec le services des impôts. À son retour, 5 ans plus tard, personne ne se rappelait plus d'elle. Elle décida de divorcer et resta vivre en Californie.

Xavier Cugat (né le 1er janvier 1900 à Gérone, Espagne - 27 octobre 1990) est un artiste et musicien espagnol, surnommé le roi de la rumba. Fasciné par le luthier de sa ville, la légende prétend que ce dernier, lassé de ses questions, lui donna un violon. Peu après, sa famille émigra à Cuba où il fit la connaissance des rythmes tropicaux. À 12 ans, il devient premier violon à la Havane. À 15 ans, il émigre aux États-Unis et trouve immédiatement du travail pour la tournée d'Enrico Caruso. Comme il prétendait n'être pas assez bon au violon, il abandonne son instrument. Il part travailler à Los Angeles comme caricaturiste. Travail trop contraignant, il fonde le groupe de Cugat and the Gigolos : c'est avec ce groupe qu'il captive les audiences et les danseurs, avec une musique qui sera appelée plus tard la rumba. Il s'installe à l'hôtel Waldorf-Astoria et devient le groupe résident. De son surnom Cugie, on retiendra également son amour des femmes (4 mariages). Dans les années cinquante, Abbe Lane était sa chanteuse et plus tard, dans les années soixante-dix et quatre-vingt Charo (sa 4e) chantait pour lui et était payée comme chanteuse folk.

On fait moins les malins, hein ! ça vous en bouche un coin ! Jamais vous n'auriez cru que cette chanson puissent regorger de références culturelles ! A çà, une explication : il fallait des rimes, diront les plus vils d'entre vous... Ce que vous pouvez être suaves, quand vous vous y mettez ! Allez, on termine vous m'énervez...

Joe, le taxi,
C'est sa vie,
Le rhum au mambo,
Embouteillage,
Joe le taxi,
Et les Mariachis,
Joe le taxi,
Et le cha-cha-chi,
Joe le taxi,
Et le cha-cha-chi,
Vas-y Joe,
Vas-y fonce,
Dans la nuit, vers l'amazone.

On reprend nos leitmotiv : l'alcoolisme de Joe, son amour de la musique (avec l'allusion subtile sur les mariachis et la musique mexicaine) et de l'Amérique (relevez le merveilleux champ lexical de l'Amérique : mambo, rock, mariachi, amazone). Mais, pour enrichir cela, on ajoute "et le cha-cha-chi"... Pauvreté de la phrase ? Que nenni, bande de gueux ! Allusion fine au fait que le "mambo" est une danse à quatre temps (comme le titre de la chanson qui comporte quatre pieds !) qui s'inspire de la rumba et du cha-cha-cha !

Voilà les amis... Vous voyez, je suis sûr que vous n'écouterez plus jamais cette chanson (et les autres) de la même manière... Pensez à ces auteurs qui triment pour vous et qui suent pour votre plaisir.

Remercions-les... Et pour reprendre ce grand standard d'Elvis, aimons-les tendre, aimons-les vrai !



4 Commentaires :

Commentaire écrit le lundi 16 janvier 2006 à 03:51:21 (lien)
estebàn
Ah, Hélène, comment analyser "l'amazone" ?
Oserais-je dire qu'il s'agit d'un fleuve serpentant à travers une forêt vierge... celi expliquerait-il les "Vas-y Joe / Vas-y fonce" juste après ? ;-)


Commentaire écrit le samedi 14 janvier 2006 à 06:20:21 (lien)
Isabelle
C'est vrai que parfois les chansons font des références pointues. Pour autant, même avec des noms illustres ou autres allusions, cela fait-il - ou devrait-il - assurer le succès d'une chanson ? A mon humble avis, "Joe le taxi" ne restera pas dans les annales auprès de "Comme d'habitude", "La vie en rose" et j'en passe... Pourtant, ces textes sont pauvres au niveau intellectuel ! comme quoi...


Commentaire écrit le samedi 14 janvier 2006 à 02:57:28 (lien)
Hélène
Oui mais moi je sais toujours pas ce qu'est l'amazone... :-)


Commentaire écrit le vendredi 13 janvier 2006 à 16:47:34 (lien)
Jibé
mon pauvre esteban,
t'as du passer quelques minutes à faire cette analyse musicologique...si t'as rien d'autre à foutre, je te conseille d'oublier les paroles et de bosser la grille à la guitare...y'a au moins 4 accords sur le couplet (rém,Sib7,solm7,Do7) et 3 sur le refrain (Fa,Sib,Do)...ou d'écouter de la musique baroque, les textes sont tout aussi débiles, mais la musique est tellement...bonne comme dirait jean-jacques...surtout si le harpiste est à la hauteur!


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