Mes humeurs à moi



Publié le mercredi 7 décembre 2005


Mercredi 7 décembre 2005

Poésie militaire

 

[je sais, c'est très laid de se moquer de son prochain, mais ça détend tellement... Ce texte est un hommage vibrant aux gradés que j'ai pu croiser lors de mon service militaire, voici quelques années]

 

Deux hommes se présentent. L’un est commandant, l’autre est un simple caporal appelé.

Ils se présentent au garde à vous. On entend un hymne militaire. A la fin de celui-ci, ils se mettent au repos.

- Le commandant : (hurlant) Repos !

- Le caporal : (hurlant) Monsieur, oui, monsieur !

- Le commandant : Messieurs, si je vous ai convoqué ce matin, c’est pour vous informer des nouvelles directives de l’Armée.

- Le caporal : (hurlant) Monsieur, oui, monsieur !

- Le commandant : Messieurs… Pardon ? (il tend l’oreille) Oui, et mademoiselle… Je ne vous avais pas remarqué sergent ! Pourtant, j’aurais dû ! … Toujours pas mariée, sergent ? Pas de petit fiancé non plus ? Non ?… Pas d’inquiétude, sergent, chaque douille a sa cartouche ! Le kaki vous va toujours aussi bien sergent ! Il met en valeur vos formes ! Il moule quoi !

- Le caporal : (dubitatif) Il boudine, même.

- Le commandant : Oh ! Caporal, comment vous y allez ! Il engonce…tout au plus…et encore.

- Le caporal : Et bien disons qu’il se montre généreux avec le corps du sergent…

- Le commandant : Comme vous dites ça bien, caporal !

- Le caporal : (rougissant) Oh ! Mon commandant…

- Le commandant : Messieurs (se penchant vers le sergent) et mademoiselle, si je vous ai réuni ce matin, c’est afin de faire avec vous ce premier exercice de poésie (un temps. Il regarde attentivement l’assistance). Oh ! J’en vois déjà que le mot « poésie » amuse. Je vois s’afficher doucement sur vos faciès angéliques des sourires discrets. (il scrute attentivement les visages). On se gausse, on se gondole… (haussant la voix) Non, la poésie ne restera pas l’apanage des gauchistes chevelus homosexuels et mal rasés ! Car, en nous tous vibre un cœur qui bat. Et ce cœur, pour nous, pour vous messieurs… et mademoiselle… c’est la France !

- Le caporal : C’est beau, ce que vous dites mon commandant.

- Le commandant : A partir d’aujourd’hui, nous allons étudier à fond toutes les tactiques poétiques afin de pouvoir répondre en cas d’attaque. Personne n’osera plus se moquer de nous.

- Le caporal : Nous prouverons au monde entier que l’armée est un ensemble harmonieux sensible à la douceur et à la tendresse de l’octosyllabe ! (Prenant soudain un air absorbé. Le commandant s'assoit) Alors, mon commandant, dernière épreuve… Elle est décisive… La question rouge… La question banco envoyée par monsieur Chalois de Brie-Conte-Robert (Il sort une fiche) Queeeestion Poésie… Que suis-je ? Figure ayant pour caractéristique d’opposer deux réalités incompatibles, on m’utilise pour créer de nouvelles réalités. La nuit blanche est une de mes conséquences…

- Le commandant : L’oxymore !

- Le caporal : Et c’est une booonne réponse, bravo ! Merci, et à demain, si vous le voulez bien !

(Les deux personnages redeviennent sérieux. Le commandant se lève.)

- Le commandant : Donc, à partir de demain, manœuvres poétiques, étude et décomptage du pied (ou syllabe), détection de la rime avec lunettes infra-rouge, et récitation en fin de journée. (haussant la voix) Gaaarde à vous ! Reeeepos ! Garde à vous ! (s’adressant au caporal) Toi !

- Le caporal (au garde à vous) : Monsieur, oui, monsieur !

- Le commandant : Tu ne mérites pas de vivre ! Tu seras bouffé par les vers ! Ta misérable existence ne rime à rien ! Tu n’as aucun rythme !

- Le caporal : (hurlant) Monsieur, oui, monsieur !

- Le commandant : (hurlant) C’est quoi un quatrain trou du cul!

- Le caporal : (hurlant en récitant sa leçon) Le quatrain est…

- Le commandant (hurlant) : Plus fort, on entend rien, montre tes couilles !

- Le caporal (reprenant) …une strophe de quatre vers, qu’on trouve beaucoup dans la poésie de forme fixe, monsieur !

- Le commandant (radouci et extrêmement tendre) : Quelqu’un veut-il donner un exemple ?

- Le caporal (levant la main frénétiquement) : moi…moi…moi

- Le commandant (faisant comme s’il n’avait pas vu le caporal) Personne ? Je vais devoir en dire un moi-même ?

-Le caporal (sautillant sur place, le doigt en l’air) Moi, moi, moi, moi, moi…

- Le commandant : (tout surpris) Caporal ? Vous avez un exemple ?

- Le caporal : OUUUUUUUUUIIIIII ?

- Le commandant (fier) : Voyez messieurs… (clin d’œil) et mademoiselle, un exemple de courage et de dévotion. Caporal, la nation toute entière est tournée vers vous.

- Le caporal (tout fier, et légèrement timide): LE BATEAU IVRE, (s’excusant presque et regardant le commandant) c’est le nom… Voici un quatrain… (il inspire et récite avec passion)

"Mais vrai j’ai trop pleuré ! Les aubes sont navrantes.

Toute lune est atroce et tout soleil amer :

L’âcre amour m’a gonflé de torpeur enivrante. 

Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !"

- Le commandant (applaudissant) : Voilà messieurs… et mademoiselle ! Voilà un jeune caporal qui sait s’évader de l’armée… Qui connaît autre chose… Qui s’ouvre sur l’avenir… et… (le caporal lui tire sur la manche) Voilà l’exemple d’un jeune qui montre que l’armée est fine (le caporal insiste), intelligente (le caporal tire de plus en plus sur la manche), cultivée et… (le caporal s’agite)… Quoi ? Qu’y a-t-il caporal ?

- Le caporal (tout fier) : et l’auteur de ce poème est un militaire…

- Le commandant (surpris) : Vous êtes sûr, caporal ?

- Le caporal : Oui, et il a fait la guerre du Vietnam !

- Le commandant : (très gêné tout à coup) Non, vous confondez…

- Le caporal : Non, non. Son nom, c’est Rambo ! Arthur Rambo !

- Le commandant : (Un temps. Il comprend. Navré) : Putain, c’est pas gagné !

NOIR

 



4 Commentaires :

Commentaire écrit le vendredi 9 décembre 2005 à 03:01:23 (lien)
Isabelle
Où c'est qu'on parlait d'assumer déjà ?...


Commentaire écrit le vendredi 9 décembre 2005 à 01:13:03 (lien)
estebàn
qui dira le courage du commentaire anonyme ?...


Commentaire écrit le jeudi 8 décembre 2005 à 14:09:28 (lien)

Ca t'épate parce tu es conne peut-être...


Commentaire écrit le jeudi 8 décembre 2005 à 02:41:11 (lien)
Isabelle
:-p Ah ces militaires ! mais "pour de vrai", l'auteur du Petit Prince, Saint-Exupéry, il était officier pilote dans l'armée de l'air, ça m'épate, ça m'épate, ça m'épate...


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