Mes humeurs à moi



Publié le jeudi 1 décembre 2005


Jeudi 1 décembre 2005

Histoires de répondeurs

[Toujours dans la série des sketchs que j'avais écrit pour mon pote théâtreux. J'aime bien celui-là aussi. Il a un coté humour répétitif /"running gag" qui n'est pas fait pour me déplaire. J'avoue que le comique d'usure est quelque chose auquel j'ai toujours été sensible... Mais j'ai honte... Vous n'imaginez pas combien... ;-) ]

 

Deux personnages sont en scène. Quand l’un téléphone, l’autre est à coté de lui. Il jouera systématiquement le rôle du répondeur vocal.

On peut envisager un jeu de lumière. Lumière sur celui qui téléphone, noir sur celui qui fait le rôle du répondeur.

On alterne les rôles à chaque noir.

 

I/ (Un personnage compose doucement un numéro de téléphone) « (Chants grégoriens) Bienvenue en l’Abbaye Sainte Clotilde. Les confessions se déroulent le mardi et le jeudi entre 14 h00 et 18h00 uniquement sur rendez-vous. Le père supérieur, en chaire en ce moment, n’est pas en mesure de vous répondre. Toutefois, vous pouvez nous laisser un message après la cloche sonore grâce à notre système de messagerie vocale. (Chants grégoriens). Si vous désirez acheter les fameux boudins de notre abbaye préparés spécialement pour vous par Frère Antoine, tapez 1. Si vous désirez laisser un message au père supérieur , tapez 2. Si vous désirez un dialogue avec Le Tout-Puissant, tapez 3. (Après une légère hésitation, le personnage appuie sur une touche. On entend alors de puissantes trompettes). Vous avez demandé le Créateur, ne quittez pas. You’ve asked for God, please hold the line.

Cet appel vous sera facturé (syncopez la voix comme dans les boites vocales) 3/0/0/0/0/0/0/0/ francs la minute » (Le personnage raccroche brutalement)

 

NOIR

 

II/ (Un personnage compose doucement un numéro de téléphone) « (sur une musique classique) SNCF, bonjour. Bienvenu sur notre service audiotel vous permettant de prendre votre billet, sans vous déplacer, en toute tranquillité, en toute sécurité, dans la sérénité, y’a juste à banquer, après c’est tout fait, c’est ça le progrès, les doigts dans le nez.

Si vous désirez consulter des horaires, tapez 1. Si vous désirez des renseignements, tapez 2. Si vous ne désirez rien, raccrochez. (le personnage tape 1 sur son téléphone et prononce le 1 en même temps. Après un instant, une petite musique d’orgue se fait entendre). Vous avez décidé de consulter les horaires. Si vous confirmer votre demande, tapez 1. Si vous désirez retourner au menu principal, tapez 2. (Le personnage, en s’appliquant, tape 1, en le répétant à voix basse. A nouveau, une nouvelle musique joyeuse s’élève). Vous avez confirmé votre demande de consultation des horaires. Cet appel vous sera facturé (voix syncopée) 3/ francs / 6 / 5 la minute. (Une petite musique défile, puis) Vous allez indiquer maintenant votre gare de départ.

(Chaque ville citée doit être prononcée d’un ton différent car on a ajouté le nom de la ville à l’enregistrement initial). Si vous partez d’Ajaccio, tapez 1. Si vous partez d’Antibes tapez 2. Si vous partez d’Alès, tapez 3. Si vous partez d’Amiens, tapez 4. Si vous partez d’Alberville, tapez 5. Si vous partez d’Abbeville, tapez 6… (fin en chuintant).

 

NOIR

 

III/ (Un père gronde son fils).

- Le père : Encore un mot sur ton carnet ! Fais voir ! Alors, « Monsieur, votre fils ne fait aucun effort en … (il hésite) en… glace ? En glace ? Ah ! En classe ! » Ah ! oui ! Je continue ! « Il effet néant »… Il … Quoi ? (il approche le carnet, puis regarde son fils) Néant ? Tu es proche du néant, toi ? (il consulte à nouveau le carnet) Ah ! Non !! « Il est faignant » ! D’accord ! (regardant son fils) Bravo, tu me fais honte ! (regardant le carnet). « De plus… (il hésite)… de plus… son … son… écriture… son écriture est… est… est… ill…ill… illisible ! ». Bon, je téléphone au collège ! tu l’auras cherché ! (Il décroche son téléphone et compose un numéro très long d’au moins 25 chiffres. Cela sonne puis on entend une musique et une voix synthétique).

- La voix : Bonjour, bienvenu sur le téléphone de l’Education Nationale. Vous êtes bien au (changement de voix) collège Baudelaire (changement de voix). Si vous désirez avoir un personnel de l’enseignement, tapez 1. Si vous désirez joindre le secrétariat, tapez 2.

- Le père : Ah ! Tu vas voir, je vais joindre ton professeur ! Tu vas voir ! Une honte, je te le dis ! Une honte ! (Il appuie sur 1)

- La voix : Vous avez demandé la salle des professeurs, ne quittez pas ! Un professeur va bientôt vous répondre. Cet appel vous sera facturé (voix hachurée) 4 francs 70 (voix normale) la minute. (Changement de voix). La référence du professeur qui va prendre votre appel est (voix syncopée) 3/2/3/4/8/8/9/8.

- Le professeur : Salle des professeurs, bonjour.

- Le père : Bonjour, monsieur. Pourrai-je parler à monsieur Marlot ? Je suis le père de Jonathan Filk.

- Le professeur : Désolé, le professeur que vous demandez n’est pas là. Mais, je peux vous mettre en relation avec le service des bulletins scolaires afin de consulter le bulletins de votre enfant.

- Le père : Ah, oui ! Tiens, bonne idée.

- La voix (avec musique) : Service des bulletins, bonjour. Tapez sur votre clavier téléphonique la classe de votre enfant et son code secret, visible dans son dossier.

(Le père exécute la tâche)

Votre enfant est en (voix syncopée) 4 / ème / 5. (changement de voix). Si vous confirmez cet classe,  tapez 1. Si vous vous êtes planté, tapez 2.

(Le père confirme)

Voici les résultats de (changement de voix) Jonathan Filk : (changement de voix) Français (changement de voix, c’est la voix d’un professeur de français) « Un élève peu attentif et bavard. Et qui en plus écrit comme un goret. Et encore ! Ma femme a vécu à la campagne et avait des gorets… Bin, même eux auraient mieux écrit c’est dire ! » (changement de voix) Mathématiques (voix du professeur de mathématiques) Chiant ! (changement de voix). Désirez-vous la suite des matières ? Appuyez sur 1. Sinon, raccrochez. (Le père raccroche et sort de scène)

- Le père (en s’éloignant) Le progrès, ça aide dans l’éducation des enfants, y’a pas à dire !

 

NOIR

 

IV/ (On revoit le personnage du sketch II. Il s’est endormi contre son téléphone. Il ronfle légèrement. La voix mélodieuse débite inlassablement les villes de départ)

- La voix : … Si vous partez de Marseille, tapez 50127. Si vous partez du Mans, tapez 50128. Si vous partez de Montélimar, tapez 50129. (Le personnage commence à s’éveiller). Si vous partez de Montpellier, tapez 50130…

- Le personnage (brusquement) Marseille, elle a dit Marseille ! (s’adressant au téléphone) Tu as dit Marseille ! Je l’ai entendu ! (éclatant de rire) Tu croyais que je craquerai… Que je ne tiendrai pas !!! (Triomphant) Je t’ai eu. Tu as dit Marseille. Je dormais pas ! Hein, même que le numéro, c’est… (baissant le ton)… c’est… (réalisant qu’il n’a pas le numéro. La lèvre inférieure tremble. Il se retient de pleurer) Et bin, on va recommencer, voilà…

 

NOIR

 

V/ (On entend seulement la voix off dans le noir)

- La voix : (après une musique type « Chevauchée des Walkiries ») Vous avez demandé la police, ne quittez pas ! Vous avez demandé la police, ne quittez pas ! Si vous désirez des renseignements sur les carrières dans la police, tapez 1. Si votre voisin fait trop de bruit, tapez 2. Si le chien aboie, tapez 3. Si la caravane passe, tapez 4. Si vous êtes victime d’une agression, tapez 5. (On entend alors le bruit d’une touche enfoncée de nombreuses fois, de façon frénétique. La voix reprend alors). Vous êtes victime d’une agression, ne paniquez pas. Un agent va bientôt vous répondre. (Une musique se fait alors entendre). Veuillez patientez. Cet appel vous sera facturé (voix syncopée) 3 / francs / 56.

(On entend alors une sonnerie de téléphone. Au bout d’un moment, on décroche. La lumière s’allume. On voit un policier au téléphone).

- Le policier : Allô ? Allô ?… Allô ? Commissariat central, j’écoute… Allô ? C’est la police… Vous ne craignez plus rien… Allô ?… (Il raccroche). Encore une blague… C’est fou le nombre de canulars qu’on a eu depuis l’installation du répondeur…

 

NOIR

 

VI/ (On retrouve le personnage du sketch II. Il est très tendu et semble attendre avec anxiété. Ses vêtements sont froissés, il est décoiffé)

La voix off : Si vous partez de Mont-de-Marsan, tapez 50126… Si vous partez de Marseille, tapez 50127…

Le personnage (bondissant) : Voilà. Ça y est ! C’est ça ! (il tape sur son clavier) 5… 0… 1…2…7… valide… Et voilà !

La voix off : Vous partez de Marseille…

Le personnage (haussant la voix) : Oui, oui, oui… OUI, OUI !

La voix off (haussant la voix) : Je peux en placer une, oui ? (Le personnage sursaute. La voix off s’énerve). Deux plombes que je suis au téléphone avec vous. Ça suffit, oui ! (Le personnage se liquéfie puis timidement déclare quelques « allô ? »). Donc, je reprends (toute trace d’énervement disparaît. La voix off reprend son timbre normal). Vous partez de Marseille St Charles. Vous allez maintenant indiquer votre gare d’arrivée. Si vous partez d’Arras, tapez 1… Si vous partez d’Alberville, tapez 2. Si vous partez d’Antibes, tapez 3… (Fin en chuintant. Le personnage a de nouveau la lèvre inférieure qui tremble).

 

NOIR

 

VII/ (La musique des « chiffres et des lettres » s’élève. Deux personnages sont assis l’un à coté de l’autre. Ils sont concentrés et possèdent chacun un bloc de papier et un crayon. Ils restent silencieux pendant le générique).

Personnage A : … Première.

Personnage B : … Troisième.

Personnage A : … Troisième.

Personnage B : … Deuxième.

Personnage A : … Quatrième.

Personnage B : … Première.

Voix off : (avec un fort accent provençal) Les chiffres… Un… Un… Un… Un… Un… et Un… (les personnages notent scrupuleusement chaque chiffre). Le chiffre à trouver : trois millions six cent quatre vingt deux mille cinq cent deux. (Un temps. Une petite musique d’attente se fait entendre. Les personnages A et B essayent mais ont l’air bien embêté. Ils grimacent légèrement, se grattent la tête, s’essuient le front.)

Voix off : Messieurs ?

A et B (ensemble et bien embêtés) : Non, non, on trouve pas là ! On ne voit pas… Tant pis hein, la prochaine fois.

Personnage A : C’est bête, hein, pourtant, comme quoi, chez soi devant la télé, c’est plus facile…

Personnage B (se penchant vers A, en confidence) : Dis donc, ce sketch, là, il n’a pas de rapport direct avec le reste ?

Personnage A : Bin, y’a une voix off quand même… Hein ?

Personnage B : Oui, d’accord, mais il n’y a pas de rapport DIRECT !

Personnage A : En fait non, mais, je savais pas où le placer, alors… Et puis, ils ne s’en rendront pas compte…

Personnage B : Tu crois ?

Personnage A : Certain ! Ils ne verront que du feu ! On enchaîne ?

Personnage B : On enchaîne !

 

NOIR


5 Commentaires :

Commentaire écrit le lundi 5 décembre 2005 à 12:22:37 (lien)
estebàn
bin, non. C'est de l'inédit. Si jamais tu connais des gens intéressé... Le pire, c'est que j'en ai encore tout plein d'autres, des textes...


Commentaire écrit le dimanche 4 décembre 2005 à 13:08:24 (lien)
alainx - http://alainx.blogspot.com/
Mais quel talent !!!

Faut faire jouer ça !!!(enfin c'est peut-être déjà fait....)
Dans une petite troupe amateur par ex ... non ??


Commentaire écrit le vendredi 2 décembre 2005 à 12:54:23 (lien)
estebàn
Merci les amis :-)
Et dis-donc Bapt, ça faisait 3 millions d'années que je ne t'avais pas lu !


Commentaire écrit le vendredi 2 décembre 2005 à 06:51:21 (lien)
bapt
humm...
J'aime bien cet humour. Je viens de lire aussi celui des lunettes et je le trouve très fin.

@+


Commentaire écrit le jeudi 1 décembre 2005 à 14:39:53 (lien)
Isabelle Ménétrier - http://isabellemenetrier.monblogue.com
Tu as l'oeil acéré, en tous cas suffisamment pour passer à la moulinette les petits défauts de notre société. Continue, c'est très drôle :-p


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