Dimanche 27 novembre 2005
[Voici un sketch, écrit pour un copain théâtreux, il y a cinq ou six ans. Ce texte est resté lettre morte. C'est con, je l'aimais bien, moi, ce texte. Je viens de retomber dessus. j'ai envie de le partager]
Deux personnages sont en scène. Ils dialoguent face au public.
A- C’est quoi, ton type de filles ?
B – Moi, j’ai toujours été attiré par les filles qui portaient des lunettes.
A- (air pleins de sous-entendus) Ah oui ? Les filles à… lunettes…
B- (naïf) Oui, les filles à lunettes… (lyrique) Il y a quelque chose d’à la fois austère et délicat. Un zeste intello aussi… Surtout quand ce sont des petites lunettes rondes. Fines. Le coté étudiante.
A- (fredonnant la chanson de Richard Gotainer) Femmes à lunettes, femmes à luuunnneeettteees…
B- (comprenant) Voilà, voilà, on est repartis dans le facile et dans le grivois…
A- (faussement choqué) Moi ? Moi ? Tu exagères ! Non, non, j’ai rien dit… J’te jure… Comment tu peux me soupçonner ? Après tous ces moments partagés ensemble ? Après toute cette amitié ?
B- (Méfiant) Ouais, n’empêche que j’ai des doutes.
A- (La main sur le cœur) Tu as tort. Vraiment. (d’un air mielleux) Alors, les filles à lunettes…
B- Bin, tu sais, j’en ai connu une qui en avait trois paires.
A- Trois ?
B- Oui, elle s’appelait… Camille… Une brune, pas très grande, très sympa, qui bossait au musée d’Art Moderne…
A- Camille Morin !
B- (très surpris) Tu la connais ?!
A- Je suis sorti avec elle… En 97… (A va commencer à rire en racontant son anecdote, B va l’inciter à continuer, même s’il ne rit pas beaucoup). C’était en Avril… Elle était avec un type super naïf… qui croyait qu’elle bossait tard le soir…
B- (faussement naïf) Ah oui ? En… avril… 97…
A- Oui ! Elle ne t’a pas raconté ? Un type qui écrivait… Fou d’elle. Et pour se marrer, elle lui demandait de lui écrire des poèmes. Ce qu’on a pu rire en les lisant. Et une chaude, cette nana ! Avec toi aussi ?
B- (un peu froid) Non, pas trop avec moi… Elle préférait que je lui écrive des poèmes…
A- (réalisant sa bourde) Ahh !??? Mais… A la réflexion, la poésie c’est bien aussi… (un temps) Non ? Et… C’est vrai tiens, qu’elle avait trois paires de lunettes ! J’avais oublié…
B- (un temps) Ouais, elle en avait toujours trois paires dans son sac, tout au fond. Je me souviens de son sac, d’ailleurs, beaucoup plus que d’elle-même d’ailleurs ! C’était un grand sac fourre-tout.
A- un truc sans forme… Genre vesse de loup géante… D’ailleurs cela avait la même couleur !
B- (riant) Une vraie poche kangourou ! (B s’assoit, A le suit) Les trois paires de lunettes étaient coincées, serrées, entre son rimmel, des tubes de rouges à lèvres
A- Il y avait même des petits échantillons au cas où.
B- Des paquets de mouchoirs.
A- Pas seulement pour son nez, mais aussi pour ceux des autres. Elle était habituée à ce que les autres n’en ai jamais…
B- Un petit agenda…
A-…Un minuscule carnet d’adresse…
B- Un microscopique porte-monnaie…
A- Une boite d’aspirine…
B- Des préservatifs
A et B (ensemble, comme s’il imitaient Camille) – « parce que, vous, les mecs, vous n’en avez jamais ! »
A- Des crayons…
B- à mine…
A- et à maquillage…
B- pour avoir une belle mine.
A- Et puis... trois paires de lunettes dans son repaire de trésors féminin.
B- Une paire de lunettes roses pour le passé…
A- Une paire de grises pour le présent…
B- Une paire de noires pour le futur.
A- Tu te souviens ? Souvent, elle chaussait ses verres fumés rosâtres et restait ébahie devant son passé…
B- …Quand elle les retirait, elle posait sur son nez ses lunettes grises et se désespérait…
A- (d’une voix geignarde) « Merde, c’était quand même mieux avant »…
(Un temps)
B- Elle était quand même un peu limite, non…
A- Elle n’était pas si bien que ça finalement, cette fille…
B- Tu veux que je te dise, bin, elle passait son temps à conjuguer sa vie au passé…
A- Et elle s’est jamais aperçu que le passé est rarement simple…
B- …et souvent imparfait !
Noir
Publié par Estebàn
à 2005-11-27 11:04:47
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