Mes humeurs à moi



Publié le dimanche 30 octobre 2005


Dimanche 30 octobre 2005

De l'art de vivre dans le cliché

Le conservatisme est toujours le premier réflexe des êtres humains. Malgré l'évidence du changement perpétuel dans la nature, nous restons accrochés à l'idée que tout sera toujours comme nous l'avons connu.

Cette illusion est là pour nous rassurer et pour nous faire accepter l'insupportable, à savoir que nous allons un jour disparaître et que nous ne contrôlons pas grand chose en définitive. Car si nous restons responsables de chacun de nos actes, nous ne maîtrisons absolument pas une quantité de facteurs qui régissent notre existence.

L'illusion de la durée se double d'une autre illusion qui est celle qu'on peut facilement appréhender la complexité qui nous entoure.

Ainsi, des voyageurs, forts d'un séjour de quelques semaines à l'étranger, sont capables de dire qu'ils se sont faits un pays ("On s'est faits le Maroc, en avril... Très sympa ! Un accueil... fôôôôrmidable... et la nourriture de l'hôtel était délicieuse...").

C'est le premier pas vers le cliché ou le lieu commun, généralité vide de sens, qui prétend, en une phrase, tout analyser, tout résoudre, tout comprendre. C'est le principe du proverbe. C'est l'argument d'autorité par excellence.

Voici une campagne publicitaire toute simple.

On nous propose un bouquet de chaîne cablée. On y voit deux visages, en gros plan. Autour d'eux, il n'y a rien. On peut supposer, à juste titre, qu'ils se trouvent dans une pièce sombre où ils regardent la télévision. La publicité se centre sur les personnes et leurs émotions. Pour nous confirmer cette idée, le slogan vient renforcer le message : "Pleurer toutes les émotions du cinéma" (et on voit une femme qui pleure) et "Rire toutes les émotions du cinéma" (et on voit un homme qui rit).

A priori, rien de bien méchant dans cette campagne... Et pourtant... Au delà de son objectif premier (qui est donc de nous vendre un produit) cette campagne use à fond du cliché, afin de conforter la majorité dans ses idées reçues. Car, on peut se demander, par exemple, ce qui a pu passer par la tête des créatifs en accolant un homme noir au verbe rire, et une femme au verbe pleurer... La réponse vient vite. Le noir, c'est bien connu, a le rythme dans la peau. Il aime danser, mais est tout de même un peu paresseux. Fidèle compagnon, il sait rire comme pas un, et malgré ses malheurs, il sait garder sa joie de vivre. Il suffit, pour s'en convaincre, de relire "Tintin au Congo" de Hergé, de se souvenir de Céline, dans "le voyage au bout de la nuit" qui parle de la "lenteur hilare" des noirs ou encore de se référer à la fameuse publicité Banania, avec son tireur sénégalais. La femme, quant à elle, a un coeur d'artichaut. Elle pleure pour un rien. Tandis que l'homme assure et la protège, elle ne sait que se plaindre et chialer. D'ailleurs, lorsqu'un homme pleure, ses copains n'hésitent jamais à lui rappeler qu'il n'est pas une "gonzesse" ou une "femmelette"...

"(...) le racisme se développe grâce à des idées toutes faites sur les peuples et leur culture. Je te donne d'autres exemples de généralisations stupides : les écossais sont avares, les belges pas très malins, les gitans voleurs, les asiatiques sournois, etc. Toute généralisation est imbécile et source d'erreur. C'est pour ça qu'il ne faut jamais dire : "les arabes sont ceci ou cela"; "les français sont comme ci ou comme ça..." etc. Le raciste est celui qui généralise à partir d'un cas particulier. S'il est volé par un arabe, il en conclura que tous les arabes sont des voleurs. Respecter autrui, c'est avoir le souci de la justice" Tahar Ben Jelloun Le racisme expliqué à ma fille

Un bon coup de pelle dans la figure de ces publicitaires, moi, ça me soulagerait un peu...



2 Commentaires :

Commentaire écrit le dimanche 13 novembre 2005 à 15:26:04 (lien)
Givrix
Belle description de notre société d'imbibage de cerveaux....
De toute façon, dire que la télé peut encore nous faire rire ou pleurer c'est de la publicité mensongère !
Toutefois que vient faire le conservatisme là dedans? Changer oui ! mais pour quelquechose de mieux ! :-D


Commentaire écrit le lundi 31 octobre 2005 à 15:06:03 (lien)
Estebàn
C'est pas moi qu'ai commencé m'sieur ! C'est les publicitaires ! ;-)


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