Vendredi 28 octobre 2005
Il est toujours intéressant de voir qu'en matière artistique, la démarche peut être aussi voir plus importante que le résultat.
Ed Wood, par exemple (magnifiquement immortalisé par le film de Tim Burton), entre parfaitement dans cette catégorie. Ses films sont terribles (dans tous les sens du terme) et pourtant, on ne peut qu'être touché par sa démarche. Engagé totalement dans ce qu'il faisait, Ed Wood filmait avec sa sincérité, et assumait sa différence.
C'est le même esprit que l'on retrouve dans le documentaire de Frederic Sojcher intitulé "Cinéastes à tout prix". L'histoire se passe en Belgique. Le réalisateur va à la rencontre de trois cinéastes hors normes : Max Naveaux, Jacques Hardy et Jean-Jacques Rousseau. Ces trois cinéastes, inconnus du grand public, sont des fous de cinéma qui ont réalisé leur passion et sont allés jusqu'au bout. Autour de chacun d'eux gravite toute une petite communauté hétéroclite qui va de la famille aux amis, en passant par les habitants du coin.
Les titres de leurs réalisations parlent pour eux : "Maquis contre Gestapo" (Max Naveaux), "Dossier réincarnation" (Jacques Hardy), "Le goulag de la terreur" ou encore "Walonie 2084" (Jean-Jacques Rousseau). Ici, on est loin des grands films. Les décors sont approximatifs, les budgets inexistants (tout est puisé sur leurs économies), les acteurs (très) amateurs, les effets spéciaux assez hallucinants (il faut voir Jean-Jacques Rousseau nous expliquer comment il a filmé une bataille Napoléonienne en utilisant de vrais acteurs en gros plans, et une maquette avec des soldats en plomb pour les plans généraux, et que "ça ne se voir pratiquement pas". Il faut entendre Max Naveaux nous avouer que pour ses films de guerre, on tirait à balles réelles !...).
Pourtant, l'ensemble possède un charme certain, et la sincérité de l'ensemble ne peut que forcer le respect.
Et, tandis que le documentaire défile, vient un au-delà beaucoup plus politique. Et on se prend à se demander depuis quand on n'a pas vu un film vraiment original, avec une vraie démarche artistique derrière, et pas seulement une vague intention. Depuis quand on n'a pas vu quelque chose de non formaté.
Alors, me reviennent les propos de Bérenger, à la fin de "Rhinocéros" de Ionesco : "Malheur à celui qui veut conserver son originalité ! (...) Eh bien tant pis ! Je me défendrai contre tout le monde ! (...) Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu'au bout ! Je ne capitule pas !".
www.cineastesatoutprix.be
Publié par Estebàn
à 2005-10-28 06:40:51
Permalien |
| Le livre est ton ami, le cinéma aussi