Mercredi 26 octobre 2005
Il est toujours intéressant de rencontrer un film où la forme a été travaillée au même titre que le fond. C'est le cas du dernier film de Gaël Morel.
"Le clan", c'est l'histoire de trois frères, qui ont chacun leurs blessures, leurs doutes et leurs incertitudes. Le film s'articule en trois chapitres. Le premier s'interesse à Marc, le cadet. Cette partie est un teenage-movie. On est en bande, on vit en bande, on dérive en bande. Marc vit avec des douleurs, mais il est incapable de les exprimer. On fait aussi connaissance avec le père, joué superbement par Bruno Locher. Un père dépassé par ses fils, qui ont grandi bien trop vite, écrasé par un deuil, celui de sa femme.
(Marc)
Le deuxième chapitre nous fait rencontrer Christophe, l'ainé. Il sort de prison, et se réinsère. Le personnage, joué par Stéphane Rideau, est impeccable. On entre dans le film social. On découvre le milieu de la boucherie industrielle. En face de Stéphane Rideau, on a, entre autre, le non moins impeccable Jackie Berroyer.
Enfin, le dernier chapitre nous fait tutoyer un certain lyrisme, et on est plus dans le film sentimental, dans le mélo, en compagnie du troisième frère, le benjamin, Olivier. Olivier vit une histoire d'amour avec un garçon, en cachette.
(Olivier et Issam)
Au delà de ces trois histoires, on trouve une photo superbe et une vraie maîtrise de la caméra. Celle-ci accompagne les personnages et prend son temps. On est (très) loin du cinéma épyleptique qui nous impose un plan par seconde. Ici, la caméra s'attarde, entoure les personnages, s'arrête sur les paysages, les corps, les visages. Les montagnes autour d'Annecy, en Savoie, s'offrent à nous, à notre regard. Le lac nous invite. Gaël Morel caresse, dans ses prises de vue, ses personnages et les aime profondément. Impossible de ne pas le voir. Le respect et l'amour envers les personnages crèvent l'écran, spécialement lorsqu'il filme Marc, le plus violent, le plus en souffrance.
Film masculin par excellence (on ne voit vraiment qu'une femme, à la fin. C'est la fiancée de Christophe, le temps d'une scène), "Le clan" reste traversé par une sensibilité toute féminine. Peut-être parce que le fantôme de la mère, morte d'un cancer, veille sur les frères.
Sur le DVD du film, on trouve aussi une très bonne interview du réalisateur qui éclaire bien son travail (on est, là encore, bien loin des making-off auto-pormotionnels made in Hollywood, où on nous explique à chaque fois que le réalisateur est le meilleur réalisateur du monde, que le scénario est incroyablement intéressant, et que, vraiment, l'ambiance sur le tournage était fabuleuse et qu'on riait tout le temps...), le téléfilm "Première neige", tourné en 1999 pour Arte par Gaël Morel et trois courts-métrages, de trois réalisateurs différents, qui ont travaillé avec "anti-prod", la boite qui a produit le film de Gaël Morel.
Sur les trois courts-métrages, on oubliera "Du même sang" d'Arnault Labaronne (une histoire assez moyenne et plutôt violente de deux frères, l'un homo, l'autre casseur de pédés) ainsi que "Prisonnier" d'Etienne Faure (une histoire pleine de bonne volonté, mais bourrée d'invraissemblances, et peu émouvante, malgré le désir farouche du réalisateur de la rendre touchante).
On ne retiendra que "Vacarme" d'Arnaut Visinet. Instantané d'une histoire qui ne dure que quelques heures, le temps d'une nuit, à peine. Peu de paroles, juste une discussion, sur un lieu de prostitution masculine, entre deux personnages. Un prostitué régulier, un hétéro qui fait ça pour se payer ses études, et le héros, qui vient pour la première fois et qui est plein de maladresse, de timidité et d'angoisse. Comme chez Morel, la caméra erre, et nous fait découvrir la nuit et ses recoins. On ne connaitra ni les motivations réelles, ni le passé des personnages. On partage quelques heures nocturnes avec eux... Et tout ça, servi par un morceau tout simple et magnifique du groupe Labradford, extrait de l'album "E luxo so". Tellement beau ce morceau, que je ne me lasse pas de l'écouter...
Alors, les amis, il ne vous reste plus qu'à vous procurer le DVD... Juste pour voir, comme on dit au poker.
Publié par Estebàn
à 2005-10-26 03:14:05
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