Dimanche 14 août 2005
On a souvent tendance à croire que la nouvelle est le parent pauvre du roman, de même que le court-métrage est un ersatz du long-métrage. C'est pourtant une erreur.
S'il est vrai que des romanciers et des réalisateurs, aujourd'hui aguerris, ont commencé par écrire des nouvelles "pour se faire la main" ou à tourner des courts par manque de budget avant de faire un gros machin sérieux, parce que bon, tout de même, force est de reconnaître que la nouvelle et le court-métrage sont des genres à part, pétris de contraintes bien à eux.
Contrairement à leurs cousins (le long et le roman), la nouvelle et le court n'admettent que difficillement le remplissage. Ici, on est loin des longues expositions, des descriptions qui s'éternisent, des personnages qui marchent au ralenti sur la plage avec une musique jeune en fond sonore. Ici, tout est "nerveux". Chaque mot, chaque image a été pensé, soupesé. Rien d'inutile. Ici, on joue sur l'extrême. On aime ou on déteste, point final. Pas de demi-mesure. Pas de temps à perdre.
Et puis, la caractéristique principale, c'est aussi la chute, brutale et souvent surprenante. On laisse le lecteur à bout de souffle, on place un uppercut dans l'estomac du spectateur et on se retire.
Bien sûr, certains romans, certains films usent aussi de la chute inattendue, du brusque retournement de situation (attention, je ne parle pas du "super classique" : "Oh mon dieu, le méchant qui était mort, avec une hache dans le dos, une jambe en moins, et qui est tombé de cinq étages, est encore vivant en définitive !", je parle d'un vrai coup de théâtre, qui impose une relecture complète de l'oeuvre, qui retourne le point de vue). M. Night Shyamalan (le réalisateur du "Sixième sens", de "Incassable", de "Signes" et du "village") en a fait sa marque de fabrique, mais c'est tout de même plus rare.
La nouvelle, en France, était très populaire au XIXème. Maupassant, par exemple, doit une grande part de sa notoriété à celle-ci. Aujourd'hui, c'est un genre assez méprisé. Rare sont les jeunes auteurs qui commencent leur carrière avec un recueil de nouvelles. Les maisons d'édition, la plupart du temps, les refusent (avec une lettre type tout à fait délicieuse).
Je ne sais pas comment a fait Anna Gavalda pour se faire éditer, mais, elle a commencé sa (jeune) carrière avec, justement, un recueil de nouvelles. Le titre, déjà, est chouette : "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part", et c'est paru en poche. Je suis tombé dessus l'autre jour, et ça a occupé deux de mes nuits.
Douze nouvelles, et que du bon. Des histoires d'hommes ou de femmes. Des histoires quotidiennes, banales. Des drames et des tragédies ordinaires, en somme. Rien de spectaculaire. Un jeune militaire rentre chez lui et tombe amoureux de la copine de son frère; une jeune femme rencontre un homme dans la rue, et accepte un dîner pour le soir même; une écrivaine va à son premier rendez-vous avec une maison d'édition; un homme est obsédé par son ancien amour; un chanteur rencontre une photographe qui le suit dans sa tournée; une femme enceinte doit interrompre sa grossesse...
Chaque mot est à sa place. L'auteur arrive parfaitement à mettre en scène des personnages crédibles. Pas de caricature. Les psychologies sont impeccables. Anna Gavalda a su capter des solitudes masculines et féminines, comme Charlélie Couture au temps des albums "Solo boy" et "Solo girl".
C'est toujours un plaisir de voir que la littérature populaire à succès peut rimer avec qualité... Prenez-en de la graine monsieur Lévy ;-)
Publié par Estebàn
à 2005-08-14 05:42:48
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