Vendredi 5 août 2005

Etant donné que l'été est une période d'une pauvreté affligeante en ce qui concerne le cinéma, c'est le moment que je choisis pour me bouffer un peu de DVD et rattraper des films que j'ai loupé durant l'année.
C'était le cas de "Ken Park" du réalisateur indépendant Larry Clark et de Ed Lachman.
Larry Clark est un réalisateur que je ne connaissais que de nom. Je savais qu'il avait une thématique autour de l'adolescence, mais c'était tout.
Dans "Ken Park" donc, se mettent en place quatre histoires de quatre adolescents dans une banlieue américaine. On évolue donc dans un univers de petits pavillons. Peu d'accès à la culture, quelques endroits pour faire du skate board, un lycée et beaucoup, beaucoup d'ennui. S'ennuyer les mènent à la drogue, au sexe et à la violence. Rien de spectaculaire. Tout semble logique. Les repères sont complètement brouillés et les adultes en présence sont, eux-mêmes, en perdition. Des grands-parents dépassés, un père qui cache une terrible pulsion homosexuelle envers son fils, une mère enceinte paumée, un veuf qui élève (trop) pieusement sa fille, et une mère qui couche avec le petit copain de sa propre fille.
Si le film capte plutôt bien le malaise adolescent, il m'a tout de même laissé perplexe. Peut-être parce qu'il contient des scènes sexuelles explicites : un adolescent se masturbe face caméra, deux garçons et une fille font l'amour.
Je me pose toujours la question de l'intérêt de vouloir tout montrer au cinéma (la violence et le sexe en particulier). Il me semble qu'à vouloir tout montrer, on risque de banaliser. Mais que cherche un réal' qui montre ? Peut-être veut-il choquer, afin que le spectateur prennent mieux conscience de la thèse qu'il veut montrer (ici, donc, la difficulté d'être adolescent).
Se pose le même type de question sur les campagnes de prévention sur l'alcool, le tabac ou les accidents de la route. Doit-on montrer la réalité, avec des cancéreux en phase terminale et des gens noyés dans leur sang qu'on désincarcère ou doit-on plutôt suggérer ? La réponse est complexe. Disons que si on veut toucher le maximum de gens, il va falloir utiliser tous les moyens à disposition : l'explicite comme l'implicite. Parce que certains sont imperméables à l'explicite... On aura beau leur monter des cirrhoses géantes, ils ne se sentiront pas concernés, même s'ils trouveront ça écoeurant.
Je fais partie de ces gens qui n'aiment pas les scènes d'amour au cinéma (en particulier si elles sont explicites). Elles me mettent en position de voyeur et j'ai horreur de ça. Je me sens à la fois excité et honteux, et je ne suis plus du tout dans le film (j'ai d'ailleurs la même réaction face à la télé-réalité). La seule exception a été cette magnifique scène d'amour dans "Mulholland Drive" de David Lynch.
Si "Ken Park" est un film qui mérite le détour, s'il contient la vraie griffe d'un réalisateur et s'il décrit plutôt bien le malaise adolescent, j'ai tout de même largement préféré, sur une thématique assez similaire, "Elephant" de Gus van Sant.
Publié par Estebàn
à 2005-08-05 04:50:51
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