Jeudi 30 juin 2005

"Dans certaines mains, la publicité est une arme de séduction massive". Voilà le message lancé par l'agence Pôle Company et relégué par cette grande et laide affiche 4 x 3.
Remontons le temps... Juin 2004. Philippe vient tout juste d'avoir son diplôme en communication. Il est heureux, Philippe. D'abord parce qu'il se dirige vers ce qu'il a toujours aimé, à savoir la publicité. Ensuite, parce qu'il va enfin commencer à pouvoir gagner sa vie. Déjà, petit, il adorait ça, la pub. Un de ses grands jeux, avec sa soeur, était, pendant les écrans publicitaires à la télé, d'être le premier à deviner le produit. Il gagnait souvent. Il faut dire que sa soeur avait quatre ans de moins que lui, alors, ça aidait.
Plus tard, il s'était froté aux "nuits des publivores". Une nuit entière à regarder des publicités du monde entier dans des salles de concert pleines à craquer. C'est là qu'il avait compris qu'il était fait pour ça. Il avait vu là-dedans une vraie culture. Après son bac, il s'était donc dirigé dans une filière de communication.
En janvier dernier, Philippe a trouvé un stage. Chez Pôle Company, justement. Il avait gâléré six mois pour trouver ce stage. Il était passé par six mois de chômage, alors, quand il avait eu ce stage (sous-payé, mais qu'importe) il n'avait pas hésité. Au début, il n'a pas fait grand chose. Quelques cafés, deux ou trois photocopies, mais qu'importe... Il savait qu'il était dans la bonne voie.
Fin avril, son supérieur, Max (il s'appelle Maxime, en réalité, mais Max, c'est mieux) a voulu le tester. Officiellement, c'était pour voir l'étendue de son talent. Officieusement, c'était parce que ce n'était pas cher de faire plancher un stagiaire. Mais ça, on n'allait pas le dire à Philippe, tout de même !
Max a donné un défi à Philippe : il fallait trouvé un truc pour donner envie à des clients de s'adresser à Pôle Company. Philippe a accepté. Le soir, il a téléphoné à ses parents pour leur donner la bonne nouvelle : il avait une oportunité. On allait voir de quoi il était capable. Et puis il a commencé à réfléchir. Et pour ça, rien de mieux que de regarder la télévision. Il a commencé à zapper sur ses 80 chaînes (il s'était offert le câble pour fêter son stage) et est tombé sur une chaîne d'information continue. Ce soir-là, justement, on parlait de la guerre en Irak. Profondément, la guerre en Irak, il s'en fout. Ce n'est pas son problème. De toute façon, la politique, c'est chiant et ça n'intéresse personne, alors. Et puis, bon, W. Bush dit quand même des choses pas bêtes. Sans compter que les USA sont beaucoup moins frileux que la France. Eux, au moins, ils innovent, ils donnent des chances. Alors qu'en France, on ne peut rien faire. Dès qu'un gouvernement fait un truc, les français font tout un tas de grèves...
Toutes ces pensées traversent l'esprit de Philippe tandis que l'homme tronc à l'écran continue de réciter ce qu'il y a écrit sur son prompteur. Et puis il y a cette image d'un char d'assaut qui tire... Et là, c'est l'illumination ! Philippe saisit un cahier et grifonne son idée...
Un char rose, couleur de l'amour, canarde avec des coeurs... Qui dit coeurs roses, dit séduction. Or la pub est une arme de séduction ! C'est génial.
Le lendemain, tremblant, Philippe expose son idée à son supérieur. Max est soufflé. Ce petit jeune est impressionnant. En effet, il a parfaitement compris qu'on peut dire des vérités claires et affreuses aux gens. Il suffit d'y mettre les formes. L'humour aide beaucoup.
- La publicité est une arme. Aucun doute là-dessus. On est donc dans un rapport d'intimidation, un rapport violent. Le consommateur est une cible.
- Un des ressorts de la publicité est de nous vendre de l'amour.
- Si dans certaines mains, la publicité est une "arme de séduction massive", qu'est-ce qu'elle est dans d'autres ? Une arme tout court ? Une arme de destruction massive ?
Philippe a été félicité par Max, qui a promis de parler de lui au directeur. Quelques jours plus tard, le projet de Philippe est accepté. Sauf que, entretemps, ce projet est devenu celui de Max, qui en avait bien besoin pour relancer sa carrière qui stagnait un peu. Mais, ça, Philippe ne l'a jamais su...
Aujourd'hui, le stage de Philippe vient tout juste de s'achever. Son contrat n'est pas renouvelé... Compression de personnel... Pôle Company l'a tout de même remercié et lui a offert une montre. Et Max lui a dit qu'avec son talent, il ne doutait pas un instant qu'il trouverait très vite un emploi au sein d'une entreprise de communication.
Publié par Estebàn
à 2005-06-30 04:25:40
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