Mes humeurs à moi



Publié le vendredi 22 avril 2005


Vendredi 22 avril 2005

De l'art de nous vendre du vent et des canyons

Dans la série du détournement d'affiche de cinéma, la Banque Nationale de Paris continue joyeusement à exploiter le filon. Que voit-on ? Au premier plan, à gauche, un homme, chapeau vissé sur la tête, une barbe de trois jours sur les joues, regarde, face au soleil couchant, un autre cow-boy, qui fait cabrer son cheval.

Le titre "Son nom est Provisio" fait référence au film de Torino Valerii de 1973 "Mon nom est Personne" avec Terence Hill et Henri Fonda (qui relève un peu le niveau des autres films de Terence Hill... On repense par exemple à la somptueuse série des Trinita...).

L'affiche fait donc ici clairement référence à l'ouest lointain et à toute la dose de fantasme que cela véhicule. Il y a vingt ans, on avait le cow-boy Marlboro, et c'était la même idée (sauf qu'ici, on reste dans le politiquement correct, puisqu'on peut remarquer que notre cow-boy machonne un brin d'herbe...). L'Ouest lointain, c'est donc les grandes étendues sauvages, l'évasion, la liberté, la joie du feu de camp avec des potes, à bouffer des haricots en boite, tout en écoutant le chant du coyote dans le lointain... Bon, pourquoi pas...

On remarquera la cible de cette publicité. On s'adresse à l'homme (et on notera au passage que la virilité de l'homme passe par le poil. Un mec viril, c'est un type pas bien rasé, à la Indiana Jones). Normal. On parle argent, on parle de banque. C'est un univers de Mâle. Pas question que les femmes soient là, elles sont trop sottes. On dit UN argent et UN crédit !

Justement, le produit vendu est un crédit (dont le nom est Provisio, justement). C'est "le crédit le plus disponible de l'ouest, de l'est, du nord et du sud". Mais quel est ce mystérieux crédit, exactement ? Ce crédit est ce qu'on appelle un crédit Revolving, ou encore une réserve d'argent. Ce type de crédit miracle, accordé très facilement, a un léger inconvénient : son taux. On traîne dans les 20% d'intérêt ! Moralité, ce crédit, loin de vous apporter la liberté, vous liera à un organisme banquaire pour un certain temps...

Une fois de plus, cette affiche montre à quel point la publicité nous ment en jouant sur tout ce qui peut nous faire rêver (la jeunesse, la beauté, l'évasion, le besoin d'amour). Un crédit (et surtout ce type de crédit) est une aliénation. Je ne suis pas contre le crédit, attention... Mais disons clairement les choses : Provisio est un crédit au taux élevé, et non un grand voyage dans l'Ouest lointain.

La référence à l'Ouest est d'ailleurs intéressante, puisque, loin d'être un monde de liberté, le monde des cow-boy était plutôt un monde où regnait la loi du plus fort, où des gros propriétaires terriens expropriaient sans complexe, où on dégainait à qui mieux mieux, où le lynchage et la pendaison faisaient souvent office de Justice. Un monde où le libéralisme se serait assez bien épanoui finalement...

Revolving... Revolver... Pas très éloigné comme mot... De là à se qu'on se fasse abattre par un crédit... 



2 Commentaires :

Commentaire écrit le samedi 23 avril 2005 à 10:43:07 (lien)
zero
Rappel bienvenu, car j'étais timide, gêné de proposer une lecture différente, me demandant chaque fois comment tu vas l'accueillir. :).

Mais faut pas compter sur la régularité de mon bord. C'est selon l'intérêt, la disponibilité, l'envie, etc. J'accroche au thème publicitaire parce qu'à première vue ton traitement m'étonne par l'originalité et l'articulation du regard.

Qualité pour moi frappante ; l'imagination. Puis la réflexion m'indique la polysémie de l'image. Dans un dico, chaque entrée trouve plusieurs sens; un mot tiré d'une phrase correspond à l'un d'eux. Pareil avec l'image, avec un plus. Car sa lecture est libre, moins dirigée que celle d'une phrase. Aucune voie d'entrée fixée à l'avance.

Alors chacun peut découvrir un autre sens, suivant sa façon de percevoir le contenu, d'en relier les éléments graphiques et de les resituer dans un contexte culturel différent. Ce fut d'ailleurs là un motif des iconoclastes. Plus qu'ailleurs, les caricaturistes à l'affût ont la clé des champs et se gagnent un public avide d'amusements immédiats. C'est un jeu déridant, parfois très déconstructeur.


Commentaire écrit le samedi 23 avril 2005 à 03:14:57 (lien)
Estebàn
Bon prolongement d'analyse zéro. C'est d'ailleurs un plaisir de te voir apparaître régulièrement dans les commentaires. Je ne te l'ai pas assez dit ;-)


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