Mes humeurs à moi



Publié le dimanche 27 février 2005


Dimanche 27 février 2005

De l'art de présenter un inconvénient

Dans les années soixante (il me semble, là j'ai un doute, mais, bon, peu importe) en France, un jour, un type s'est dit que ce serait sympa de créer une boisson à l'orange avec de la pulpe. Aussitôt dit, aussitôt fait. Oui, mais voilà... Le type n'avait pas pensé que la pulpe étant plus lourde que le liquide, elle allait forcément se déposer au fond. Lorsque le produit fut créé, les concepteurs de la boisson se retrouvèrent face à une horreur : Au fond d'une bouteille stagnait une pulpe baignant dans un jus jaunâtre. Qui donc allait acheter ça ? C'est alors qu'un publicitaire passa par là. Le type regarda la chose, réfléchit et se dit que, justement, ce handicap de la pulpe pouvait peut-être devenir un formidable argument de vente. Ainsi fut lancé la boisson Orangina qui cartonna rapidement, puisque c'était la première bouteille qu'il fallait secouer. Le slogan était trouvé : "Secouez-moi, secouez-moi". La magie de la publicité avait opéré. Tout l'art de la publicité est là : nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Dans la campagne publicitaire du jour, Citroën nous présente une tube de gouache. Ce tube est un tube de noir (de la "peinture à l'huile extra-fine"). Mais, la magie opérant, ce tube crache du blanc. Le tube est posé sur une palette de peinture. En bas, à droite, on aperçoit l'objet vendu : une voiture. Cette voiture (on l'apprend plus haut) est la Citroën Xsara Picasso.

Soyons clair tout de suite. Je ne pense pas que Picasso aurait autorisé ça de son vivant, mais, que voulez-vous, on n'est pas responsable de sa famille. Et la famille Picasso avait certainement des impôts à payer. Alors, ils ont vendu le nom... Aubaine pour Citroën ! Parce que rien n'est plus vendeur qu'une aura de respectabilité. Et Picasso, ça en jette. Le plus triste dans l'histoire, c'est que je doute fort que les acheteurs de ce véhicule aillent s'intéresser de près ou de loin à ce peintre de génie (cela dit, qu'ils ne s'inquiètent pas, les publicitaires le connaissent à peine...). Et puis, il faut bien se rendre compte que le libéralisme déteste profondément l'art. Parce que l'art est quelque chose d'inestimable, de gratuit, et que l'art, le vrai, élève les êtres humains, et les mène vers la pensée, le rêve et la liberté. Alors, lorsque le libéralisme peut humilier l'art, il ne se gène pas (sinon, comment expliquer que des gens aient pu accepter de coller à une voiture le nom de Picasso ?).

La voiture est donc ici associée à une oeuvre d'art. Le tube de gouache le prouve. Mais, bon, le publicitaire sait, comme nous d'ailleurs, que la bagnole est un objet polluant, et que la planète est en train de mourir à petit feu, entre autre à cause de cet objet. Alors, elle transforme, sous nos yeux, un inconvénient en avantage : certes la voiture pollue, mais la Xsara pollue MOINS. Tout est là. On peut donc s'acheter une conscience ! Xsara pollue toujours : le tube est noir, comme la vilaine pollution, mais les gaz nocifs vomis par le pot seront blancs.

Le truc n'est pas d'arrêter de polluer la planète, mais plutôt de la polluer différemment. Avec un pot à particules...

Un vieil adage populaire dit ceci : "peinture sur merde égale neuf". C'est un peu l'idée de cette affiche. Finalement, tout est une question de "packaging". Et ce n'est pas nos amis publicitaires qui me contrediront.